Radioscopie des entreprises françaises (1)
Une dynamique en trompe-l’œil

La France a enregistré un nouveau record de créations d’entreprises en 2020, grâce surtout à l’augmentation du nombre des « auto-entrepreneurs », désormais assimilés aux « micro-entrepreneurs ».  Sur la base des dernières données disponibles, nous publions une série d’articles destinés à mieux cerner la diversité des entreprises françaises.

Dossier réalisé avec la collaboration de la Note d’étude et d’analyse d’André Letowski, expert en entrepreneuriat.

 

 

crédit photo : Yvette W – Pixabay

Création d’entreprises : une dynamique en trompe-l’œil?

 

Malgré la crise sanitaire, la création d’entreprises reste très dynamique avec un nouveau record franchi en 2020 : 848 200 créations d’entreprise enregistrées par l’Insee (soit 4 % de plus qu’en 2019).

Cette augmentation est surtout due aux immatriculations d’entreprises individuelles sous le régime du micro-entrepreneur (ex-auto-entrepreneur,  + 9 %), tandis que les créations d’entreprises individuelles classiques diminuent (−13 %). Les créations sous forme de  sociétés restent stables, autour de 200 000 unités par an : 218 000 en 2020. Le choix de la structure juridique de la SAS (société par action simplifiée) est prédominant, avec 67% des nouvelles sociétés enregistrées.

Les secteurs qui progressent le plus sont les activités de transports et d’entreposage (+ 22 %), le commerce (+ 9 %) et les activités immobilières (+ 10 %).

98% des nouvelles unités créées n’emploient aucun salarié!

L’âge moyen des créateurs d’entreprises individuelles est de 36 ans. 

Les femmes représentent 40% des créateurs (chiffre stable depuis 2015).

12 ans après le lancement du régime de l’auto-entrepreneur (assimilé depuis 2016 à celui de la micro-entreprise), cette forme d’entrepreneuriat séduit toujours : 548 000 créateurs se sont enregistrés sous ce régime en 2020, contre 502 000 en 2019. En 2009, première année de mise en place de ce nouveau régime fiscal et social, ils étaient 320 000 à l’avoir adopté.

Si la crise sanitaire n’a pas découragé les candidats entrepreneurs, on remarquera que dans les temps difficiles, certains ne voient pas d’autre issue pour s’en sortir que de se mettre à leur compte. Ce qui pose la question de la pérennité de ces jeunes pousses… Lire notre Focus Création d’entreprises plus bas.

 

Combien d’entreprises en France?

crédit photo : Gerd Altmann – Pixabay

Chiffrer le nombre d’entreprises n’est pas si simple, car il faut savoir ce dont on parle!

Il est pertinent de distinguer les entreprises « classiques », qu’elles soient individuelles ou sous forme de société (SARL, SAS, SASU…) des « auto-entrepreneurs ». D’abord parce que ceux-ci, depuis le 1er janvier 2016, ont été assimilés au régime social et fiscal de la micro-entreprise, ce qui complique un peu les choses pour les différencier de la micro-entreprise « traditionnelle ». Ensuite, un « auto-entrepreneur » n’a pas les mêmes contraintes que celles d’un dirigeant de société « classique ». Il ne paye pas de charges s’il ne réalise pas de chiffre d’affaires, par exemple. Il ne peut pas non plus employer de salariés…

Par ailleurs, depuis la loi de Modernisation de l’économie (LME du 4 août 2008), il existe deux définitions d’une entreprise en France :

  • l’unité légale qui caractérise toute entreprise immatriculée régulièrement
  • l’entreprise au sens de la loi LME qui inclut les « filiales », regroupées avec la maison mère.

Dès lors, le poids des TPE et PME dans le nombre total  d’entreprises, varie selon la définition choisie et selon que l’on intègre ou pas les auto-entrepreneurs. Or beaucoup d’études et de travaux ne précisent pas toujours la définition retenue quand ils traitent des entreprises…

  • En unité légales : le nombre total d’entreprises des secteurs marchands non agricoles et non financiers, auto-entrepreneurs compris, s’élève à 4,191 millions fin 2018,
  • Selon la définition LME, le nombre total d’entreprises (incluant leurs filiales) s’élève à 3,934 millions .
  • On dénombre plus d’un million d’auto-entrepreneurs, à savoir des entrepreneurs ayant opté pour le régime fiscal de la micro‑entreprise (« micro‑entrepreneurs et assimilés »)  qui bénéficient de formalités comptables et fiscales simplifiées (pas de bilan, ni de compte de résultat, ni de liasse fiscale).

 

crédit photo : Gerd Altmann – Pixabay

269 très grandes entreprises

148 000 PME

3,8 millions de TPE et de « solos »

Les entreprises en France:

  • 269 grandes entreprises (GE, qui emploient plus de 5 000 salariés) rassemblent 24 200 unités légales et 3,5 millions de salariés en équivalent temps plein (ETP), soit 27 % du total. Les GE contribuent à 32 % de la valeur ajoutée réalisée.
  • 5 700 entreprises de taille intermédiaire (ETI, entre 250 et 5 000 salariés) qui emploient 25 % du total des salariés en ETP et génèrent 26 %  de la valeur ajoutée globale.
  • 148 100 petites et moyennes entreprises, des PME de plus de 10 salariés employant 30 % du total des salariés en ETP, réalisant 23 % de la valeur ajoutée.
  • 3,8 millions de très petites entreprises (moins de 10 salariés) et de micro-entreprises, emploient 19 % du total des salariés et génèrent 20 % de la valeur ajoutée.  Parmi lesquelles, 1,6 million relèvent du régime de la micro-entreprise « classique » et de « l’auto-entrepreneuriat ».

Source: Insee – Les entreprises en France – Décembre 2020

Nombre d’entreprises en France en pourcentages selon les catégories – André Letowski + Insee décembre 2020

ETI, PME, MICROS…

  • Les meubles Gautier, une belle réussite française qui s’est implantée dans de nombreux pays dans le monde. Sur la photo, une des trois usines de Gautier en Vendée

    Les ETI sont fortement investies dans l’industrie manufacturière (36% de leurs salariés et 38% des salariés de l’industrie). Elles réalisent une part notable de leur chiffre d’affaires à l’exportation (33%) et se sont internationalisées, soit par des implantations à l’étranger, soit du fait de leur contrôle par des multinationales : 28% des salariés des ETI représentent la moitié de l’emploi des implantations étrangères en France!

 

Les ETI multinationales sont plus grandes et plus capitalistiques. Hors secteurs financier et immobilier, les ETI multinationales sous contrôle français emploient en moyenne 757 salariés (en ETP) sur le territoire national, et celles sous contrôle étranger 612, alors que les ETI françaises en emploient 393 en moyenne.

 

  • Crédit photo : Pixabay

    Les PME comptent en moyenne 26 salariés (en ETP). 62%  d’entre elles ont moins de 20 salariés et 11% emploient au moins 50 salariés. La construction et les industries de type traditionnel (textile, cuir, bois, imprimerie, fabrication de produits métalliques) y sont davantage représentées qu’en moyenne (14% et 6% contre 11 et 4) ; les activités scientifiques et techniques et de services administratifs et de soutien sont également plus présentes : 18% des effectifs de ces PME contre 15 en moyenne, notamment dans les activités juridiques et comptables et les activités d’architecture et d’ingénierie.

Les PME industrielles ont davantage d’immobilisations corporelles que les autres PME et disposent en général de plus de ressources ; leur taux de marge est parmi les plus élevés.

Toutefois, la part des PME industrielles qui exportent est deux fois moins élevé que celui des ETI industrielles : alors que les grandes entreprises et les ETI de l’industrie manufacturière sont pratiquement toutes exportatrices, seules 55 % des PME industrielles le sont.

  • Les TPE comptent 70% de leurs effectifs salariés dans les activités tertiaires. 19% de leurs salariés travaillent dans la construction contre 11% en moyenne ; à l’inverse, l’industrie ne représente que 10% des effectifs des TPE, contre 25% en moyenne dans lesquels on trouve les activités de bouche de type artisanal (boulangeries-pâtisseries…).

73% n’ont aucun salarié (plus d’un tiers de celles‑ci sont des auto-entrepreneurs), 13% en ont un, à temps partiel ou à temps plein, seules 14% ont plus d’un salarié (en ETP).

  • Les micro-entrepreneurs , ex-auto-entrepreneurs : le réseau des Urssaf dénombrait 1 903 000 auto-entrepreneurs au 20 juin 2020, soit 21,8 % de plus sur un an. Tout en précisant que seuls 846 000 auto-entrepreneurs ont déclaré un chiffre d’affaires positif au deuxième trimestre 2020, soit 44,5% des immatriculés sous ce régime. Avec un chiffre d’affaires trimestriel moyen, en diminution, s’élevant à 3 792 euros (contre 4 303 euros un an auparavant). (1)
(1) En 2009, première année du nouveau régime, la moitié des auto-entrepreneurs avaient déclaré un chiffre d’affaires annuel inférieur à 3000 euros. Lire l’article d’André Letowski « Auto-entrepreneurs, qui sont-ils? » dans les archives de Consulendo.

Focus sur la création d’entreprises

 

Tous les ans, l’Insee dresse le bilan des créations d’entreprises.

Depuis la mise en œuvre du régime de « l’auto-entrepreneur » en janvier 2009 , à l’initiative du Secrétaire d’État aux PME de l’époque, Hervé Novelli l’entrepreneuriat attire un nombre croissant de Français.

Nombre d’entre eux sont plutôt dans une démarche de « se mettre à son compte »,  de « créer son propre emploi », que dans un projet ambitieux d’entreprise de croissance, génératrice de nombreux emplois. Car, sur une longue période, la courbe des création d’entreprises « classiques » sous forme de sociétés reste relativement stable autour de 200 000 unités par an ( 218 000 en 2020)…

 

crédit photo : Mohamed Hassan – Pixabay

Toujours plus de « solos »

Ainsi, en 2020, la part des micro-entrepreneurs dans le nombre total de créations continue d’augmenter: 65%, après 62 % en 2019, note l’Insee dans son étude du 3 février 2021.

Au bout de quelques années, très peu d’entreprises franchiront le cap des 50 salariés, et encore moins celui des 250 employés, pour devenir des ETI de croissance, comme le regrettait déjà le pertinent rapport de Philippe Hayat

2020 n’échappe pas à ce constat : si l’on exclut les micro-entrepreneurs qui par statut ne peuvent pas employer de personnel, seules 7 % des entreprises nouvellement créées embauchent des salariés!

Malaise. L’envolée du nombre de « solos » ne réjouit guère Grégoire Leclercq, le président de la fédération des auto-entrepreneurs (FNAE) qui voit plutôt dans ces chiffres « l’énorme malaise d’une société où des salariés en perdition cherchent à s’en sortir : des milliers de personnes jetées sur le pavé, étudiants sans job, salariés précaires, en chômage partiel… Tous ces indépendants qui se sentent lâchés par les fermetures d’entreprises, qui n’ont droit ni au RSA, ni au Fonds de solidarité; ni aux aides de la CAF puisque ces nouveaux indépendants doivent produire leurs revenus sur l’année écoulée, et non les trois derniers mois comme les salariés... »

Et la FNAE d’en appeler aux pouvoirs publics afin que les les « auto-entrepreneurs » privés d’activité et de revenus puissent bénéficier des dispositifs de soutien, au même titre que les salariés et les entreprises « classiques ».

La crise sanitaire n’a pas découragé les candidats entrepreneurs

On remarquera que, dans les temps difficiles, certains ne voient pas d’autres issues pour s’en sortir que de se mettre à leur compte…

Ainsi, malgré un contexte incertain et anxiogène, 2020 a enregistré 32 900 création de plus qu’en 2019, atteignant un nouveau record : 848 200 unités enregistrées dont 548 000 micro-entreprises (ex-« auto-entrepreneurs »).

Si lors du premier confinement, précise Hugo Gourdon de l’Insee, « le nombre de créations a temporairement chuté, un rattrapage a eu lieu pendant l’été et le rythme des créations a été soutenu jusqu’à la fin de l’année. »

Dans les secteurs d’activité qui participent le plus à la hausse des créations, figurent les transports et l’entreposage (+ 22 %), le commerce (+ 9 %) et les activités immobilières (+ 10 %).

À l’opposé, le nombre de créations diminue dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (−3%), l’enseignement (−8 %) et les autres services aux ménages (−1 %), précise l’Insee.

C’est dans la région capitale que l’on trouve le premier secteur générateur de nouvelles entreprises, celui des transports et de l’entreposage : + 9 100 créations, et aussi les autres « activités de poste et de courrier », les coursiers en langage clair, (+ 12 100 créations, dont + 12 200 immatriculations de micro-entrepreneurs). 48 % des créations d’entreprises des transports et de l’entreposage ont pour siège l’Île-de-France. Le commerce y est le deuxième secteur contributeur à la hausse des nouvelles entreprises  (+ 5 200 créations), notamment dans la vente à distance (+ 4 300 créations dont + 3 300 immatriculations de micro-entrepreneurs).

Dans les services spécialisés, le repli est majoritairement dû aux activités de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion, qui étaient en essor depuis 2016, explique l’Insee. Le nombre de créations décroît également dans l’enseignement, en particulier les activités d’enseignement de disciplines sportives et d’activités de loisirs, ce qui est probablement un effet direct de la crise sanitaire. De même qu’on enregistre moins de créations dans le domaine du coaching et du développement personnel, activités « à la mode » dans lesquelles s’étaient lancés de nombreux consultants individuels depuis des années…

Des créateurs de plus en plus jeunes

En 2020 comme en 2019, les créateurs d’entreprises individuelles ont en moyenne 36 ans.

Et la part des moins de 30 ans s’accroît : 41 % en 2020, contre 38 % en 2019 comme en 2018. Cette part est plus élevée chez les micro-entrepreneurs (42 %) que chez les créateurs d’entreprises individuelles classiques (33%).

C’est parmi les jeunes générations que le désir d’entreprendre est le plus fort. Selon le dernier sondage annuel OpinionWay pour Go Entrepreneurs, réalisé en janvier 2021, 43% des 18-24 ans et 35% des 25-34 ans déclarent avoir envie de créer leur boite, contre 21% dans la moyenne nationale…

4 créateurs sur 10 sont des femmes

En 2020, les femmes ont créé 39 % des nouvelles entreprises individuelles.

Cette proportion est quasi stable depuis 2015, alors qu’elle augmentait progressivement depuis 30 ans (29 % en 1987 et 33 % en 2000). Elle reste quasi identique pour les créations d’entreprises individuelles classiques et pour les immatriculations sous le régime du micro-entrepreneur.

Les femmes sont majoritaires dans les activités relatives à la santé humaine, à l’action sociale (74 %), dans les autres services aux ménages (71 %), l’industrie (58 %) et l’enseignement (52 %). Comme les années précédentes, la part des hommes est la plus élevée dans la construction (98 %), les transports et l’entreposage (92 %) ainsi que l’information et la communication (74 %).

Il existe plusieurs réseaux spécifiquement dédiés à conseiller et soutenir les femmes qui entreprennent : Les Premières, Action’Elles, Force Femmes, WPN…

Et selon une étude du réseau France Active et de Bpifrance de 2020, 63% des femmes jugent qu’il est plus motivant de créer son entreprise que d’être salariée... La création d’entreprise au féminin a donc un bel avenir!

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