LIVRE
Irremplaçables PME!

Entre le puissant CAC-40 et la « Start-Up Nation », chère à Emmanuel Macron, il y a l’immense cohorte des PME et des TPE. Ces entreprises à taille humaine constituent un des principaux moteurs de notre économie, plutôt mal connu, en tout cas sous-estimé. Bernard Cohen-Hadad, entrepreneur et homme de réseaux, les met à l’honneur dans un ardent plaidoyer pour une « PME Nation » porteuse d’espoir. Face aux nombreux chocs, nationaux et internationaux, qui impactent la France, il voit dans les PME les artisans d’un nouveau pacte social et environnementalPrésentation de son essai « L’avenir appartient aux PME » récemment paru aux éditions Dunod.

 

Bernard Cohen-Hadad, à Paris en mai 2024, à l’occasion d’une rencontre avec l’AJPME (crédit photo : Laure Bergala)

Infatigable promoteur de la cause entrepreneuriale

Il n’y a pas beaucoup d’ouvrages entièrement consacrés aux petites ou moyennes entreprises, les PME – ces moteurs de l’économie de proximité qu’ausculte avec passion l’universitaire Olivier Torrès.

Cela renforce l’intérêt de l’essai « L’avenir appartient aux PME » que vient de publier Bernard Cohen-Hadad.  Assureur de métier, cet homme d’engagements et de réseaux est un infatigable promoteur de la cause entrepreneuriale.

Engagé de longue date dans le mouvement patronal de la Confédération des PME (CPME), dont il est le président pour la région de Paris-Ile-de-France, BCH s’est d’abord fait connaître comme un spécialiste pointu des questions de financement.

Siégeant dans plusieurs instances spécialisées, travaillant en liaison avec les médiateurs du crédit, des entreprises, avec les instances bancaires, BCH a plaidé avec énergie pour que les PME et les TPE bénéficient d’un meilleur accès aux financements dont elles ont besoin, alors qu’ils leur sont moins facilement accordés qu’à des grands groupes, et toujours, en contrepartie de la caution personnelle du dirigeant sur ses biens propres…

Outre ses mandats patronaux, sa participation au Conseil des prud’hommes de Paris, au Conseil économique social et environnemental régional (CESER) d’Ile-de-France,  Bernard Cohen-Hadad a lancé un « think-tank » baptisé Etienne Marcel du nom du prévôt des marchands de Paris au 14ème siècle, qui s’était illustré dans la défense des artisans et des commerçants face au pouvoir absolu de la monarchie…

Organisant des rencontres entre décideurs du privé et du public, son association œuvre depuis 2011 à la promotion de « l’entrepreneuriat citoyen et responsable », car selon son fondateur,  “l’entreprise ne saurait être durablement prospère dans une société et dans un monde qui ne le seraient pas aussi. Et par conséquent, elle se doit d’être utile pour le plus grand nombre”.

A cet effet, il a lancé le prix Etienne Marcel qu’il décerne chaque année, à l’orée de l’été, dans les salons prestigieux du Sénat, à des entreprises citoyennes, enracinées dans un territoire, choisies par un jury pour leur réalisations et initiatives en matière d’emploi, de formation, de participation, d’intégration, de développement durable.

En plus de tous ses engagements, BCH tient un blog et participe au débat public, tant par ses tribunes que par sa présence sur les réseaux sociaux et sur les plateaux des chaines d’info en continu, où il est apprécié par son verbe équilibré et son don de la pédagogie économique.

Tout naturellement, le livre de Bernard Cohen-Hadad,  « L’avenir appartient aux PME »*, est la synthèse de ses engagements, prises de position, de son expérience de terrain aux côtés des dirigeants d’entreprise, ainsi que de ses rencontres régulières avec des élus et des décideurs publics.

Il donne une vision optimiste et généreuse de ce « cœur battant » de l’économie française formé par ces dizaines de milliers d’entreprises à taille humaine qui innovent, investissent, prennent des risques, créent de la richesse et des emplois (la plupart non-délocalisables!), et approvisionnent au quotidien les Français en produits et services indispensables.

Réhabiliter ces forces motrices de notre économie

BCH veut réparer la méconnaissance du grand public de cette part irremplaçable de notre économie :

Bernard Cohen-Hadad

« Les PME sont trop souvent éclipsées, dans le débat comme dans l’action, du fait d’une bipolarisation de l’attention entre les start-ups et les grandes entreprises. L’action publique gagnerait pourtant à s’appuyer sur ces forces vives que sont les PME, ni grandes entreprises ni ETI en modèle réduit, qui ont leurs propres besoins et attentes. »

« Entreprises de proximité, à taille humaine, résolument agiles, elles sont en prise directe avec le territoire où elles sont ancrées. Les entrepreneurs de TPE-PME sont des porteurs authentiques des valeurs de proximité, d’humain, de sens. Ils ont une connaissance fine des besoins, des attentes et des espoirs (des Français). Dans leur territoire, les TPE-PME sont les forces motrices des transitions et des progrès sociaux, sociétaux, environnementaux, numériques, car leurs intérêts économiques y convergent au plus près de l’ambition collective, souhaitable et possible, d’une économie plus verte, plus humaine, plus responsable. »

Le dynamisme de ces entreprises tient beaucoup à leur dimension humaine, à leur faible niveau hiérarchique comparé à l’organisation et aux process bureaucratiques des grands groupes; dans une PME les problèmes se règlent dans le dialogue direct entre le dirigeant et ses collaborateurs.

Combien d’entreprises en France ?

crédit image : Gerd Altmann – Pixabay

Dans son étude annuelle, l’INSEE recense 4,5 millions d’entreprises opérant dans le secteur marchand.
– A la base de la pyramide, se trouve l’armée immense des très petites entreprises (TPE) de moins de 11 salariés : 4,3 millions employant près de 2,6 millions de salariés (17,5% du total) et contribuant à 19% de la valeur ajoutée.
– Au sommet, 294 grandes entreprises (de plus de 5000 salariés) se décomposant en 28 100 unités légales, emploient 4,183 millions de salariés (28% du total), et contribuent à 33% de la valeur ajoutée.

– Et au coeur de la pyramide, on dénombre 158 566 PME (déployées dans 304 609 unités légales), employant 4,286 millions de salariés (29% du total) et contribuant à 23% de la valeur ajoutée.  Ainsi que 6 608 ETI (entreprises de taille intermédiaire) employant 3,7 millions de salariés (25% du total) et contribuant à 25% de la valeur ajoutée.

Source : La Note de synthèse et d’analyse d’André Letowski, expert en entrepreneuriat – janvier 2024

Révolution culturelle

Les politiques publiques visant les entreprises sont souvent mal calibrées. Lois et règlements sont censés s’appliquer uniformément à une entreprise de 2 000 salariés comme à la PME de 20 personnes… Sans distinction! Selon la vision erronée qu’une PME serait une  » grande entreprise en miniature »!

« Les PME demeurent trop souvent dans l’ angle mort des politiques publiques. Et même dans celui de la loi Pacte , qui avait pourtant trouvé son impulsion dans les PME »,  déplore Bernard Cohen-Hadad.

De leur côté, les entrepreneurs, et BCH le regrette, sont insuffisamment engagés – faute de temps ou d’allant – dans le champ politique, local ou national.

Et donc ils peinent à faire entendre leur voix, à orienter les décisions gouvernementales, parlementaires ou de la haute administration…

« Plus d’entrepreneurs dans les conseils municipaux, départementaux, régionaux, au Parlement français, au Parlement européen, c’est plus de compétence et de connaissance de l’entreprise dans la fabrique de la loi, en même temps qu’un dialogue plus fructueux entre les mondes qui devraient être mieux disposées… Après la ‘République des professeurs’, vivement une ‘République des entrepreneurs’ ! »

 

BCH appelle à une véritable « révolution culturelle » , à une réorientation de l’action publique en faveur des PME:

« Changeons d’échelle économique et humaine pour mettre en place dans nos territoires une vraie politique en faveur des PME. Encourager leur développement dans les territoires, continuer la redynamisation économique des quartiers, favoriser l’installation des jeunes entrepreneurs dans les territoires ruraux ou les grandes métropoles, s’engager résolument dans l’inclusion économique et celle des personnes en situation de handicap, penser à ce qui est justement supportable et acceptable en termes de normes nouvelles (…), mieux se soucier des travailleurs et de la qualité de vie au travail, de l’environnement et des ressources naturelles locales, rendre possible l’accès des petits entrepreneurs à l’exercice de responsabilités associatives et de mandats privés ou publics… »

Ambitieux programme!

Rappelons que le dirigeant d’une PME,  qu’il soit créateur ou repreneur, est personnellement investi dans son affaire; il prend des risques en mettant souvent en jeu son patrimoine; sa vie et son entreprise finissent par se confondre …

Or aujourd’hui, les PME reçoivent une série d’injonctions à se transformer pour répondre aux attentes de leur parties prenantes, pour mieux servir leurs clients ou donneurs d’ordre, attirer et fidéliser des collaborateurs de qualité, pour répondre aux défis sociétaux et environnementaux. Et aussi pour se conformer à un empilement de règlements et d’obligations légales… Tout ceci dans un environnement géopolitique changeant, incertain et lourd de risques.

« Après avoir démontré leurs capacités d’agilité et d’adaptation à travers les crises récentes (Covid, Ukraine, inflation, pénurie énergétique…), les dirigeants de PME doivent désormais relever plusieurs défis, en plus, bien sûr, de la bonne conduite de leurs activités : les préoccupations environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) et la décarbonation ; la prise en compte du changement de l’engagement et du rapport au travail ; les pénuries de main-d’œuvre ; l’évolution du rapport de force entre les employeurs et leurs employés, avec le regain par ces derniers d’un pouvoir de négociation ; le pouvoir d’achat et le partage de la valeur,.. »

Le creuset d’un nouveau contrat social ?

Autant de défis que le livre de Bernard Cohen-Hadad passe en revue, en faisant confiance aux ressorts des PME pour accélérer leur transformation numérique *, investir dans la transition écologique, énergétique, dans l’économie circulaire, pour favoriser une entreprise plus inclusive, plus « bienveillante », investie dans les quartiers, qui réponde mieux aux aspirations de la jeunesse, une entreprise « citoyenne », qui pourrait  devenir, ambitionne l’auteur, « un acteur incontournable de la réconciliation économique et sociale »…

La société française très fracturée en ce premier quart du 21ème siècle, peine, en effet, à inventer un nouveau contrat social. L’entreprise à taille humaine, lieu de coopération, d’intégration, de réalisation dans un projet partagé, pourrait être le creuset de cette réconciliation entre le citoyen, le producteur et le consommateur.

Il y a un défi qui aurait mérité d’être approfondi dans cet essai qui fourmille de recommandations, c’est celui de l’international. En effet, nos PME ne jouent pas assez la carte des partenariats internationaux, des co-entreprises, en Europe, dans le monde Francophone, notamment au Maghreb et en Afrique, culturellement et géographiquement proches, et dont le potentiel de développement est immense!

Peut-être un sujet pour un prochain livre!

J.G.

* Bernard Cohen-Hadad est aussi le co-rapporteur d’un rapport du CESER Ile-de-France, « Cyberprévention : un enjeu de sécurité et de citoyenneté pour tous en Île-de-France » adopté le 12 décembre 2023.

 

Bernard Cohen-Hadad, « L’avenir appartient aux PME » – éditions Dunod – 2024

EXTRAITS CHOISIS

 

# L’EUROPE

« Parfois, l’Union européenne (UE) complexifie la vie des entreprises au moment où la France s’efforce de la simplifier. Le projet de directive sur le « devoir de vigilance » est emblématique. (…) Le texte projeté ferait peser sur les PME une lourde charge administrative. Elles se verraient contraintes de multiplier les reportings, à la demande de leurs partenaires. (…)
« Le Fonds européen pour les investissements stratégiques, si indispensable, doit être mieux orienté vers les PME de croissance et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) pour soutenir leur conquête industrielle. Et, puisque plus de deux tiers d’entre elles souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre, obstacle majeur à leur croissance, l’UE n’a pas d’autre choix que de stimuler l’apprentissage et la formation tout au long de la vie dans une logique d’ »Erasmus professionnel ». (…)

# RSE

« Pour les PME, la démarche RSE est bien davantage une source d’opportunités que de menaces. Si certains expriment des inquiétudes quant à leur capacité d’investissement pour s’aligner sur les exigences de leurs donneurs d’ordre (…) rappelons que les PME françaises occupent la troisième place mondiale en matière de performance sociale et environnementale. Du fait de leur proximité et de leur taille humaine, les PME peuvent plus facilement atteindre et valoriser certaines thématiques de la démarche RSE. (…)  Si on n’essaie pas de leur appliquer les grilles de référence des grandes entreprises, le mouvement RSE est donc pour elles un atout compétitif créateur d’opportunités. » (…)

# FINANCER LA TRANSITION ENVIRONNEMENTALE

« Par nature, les PME sont plutôt « green-friendly ». Entreprises de proximité à taille humaine, elles se distinguent par la souplesse de leur organisation, la poly-compétence de leurs collaborateurs et leurs intérêts à agir dans la vie des territoires avec lesquels elles sont en prise directe. Autant de caractéristiques qui les prédisposent favorablement vis-à-vis des transitions nécessaires pour une économie plus verte. (…) L’ampleur des besoins de financement est sans précédent. Encore novices, déjà sensibilisées, voire même engagées, les PME ont donc toutes besoin d’être accompagnées pour faire de la transition écologique un objectif stratégique et réussir leur transformation (…)
« Les pouvoirs publics, d’abord, doivent accompagner l’adaptation des acteurs économiques et des territoires (…) Nous recommandons de développer de nouveaux instruments de financement de long terme des investissements verts sur le modèle des « obligations relance » et des « prêts participatifs relance ». Le plan d’épargne « Avenir Climat » prévu par la loi Industrie Verte  votée en octobre 2023 (…) pourrait être, dans son domaine, intéressant (…) Il faut enfin mobiliser l’épargne privée. L’investissement dans le capital des PME, pour renforcer leurs fonds propres, doit être encouragé par des incitations fiscales. » (…)

# PARTAGE DE LA VALEUR

« Au-delà du fait que les situations économiques varient grandement d’une entreprise à l’autre, (…) il est difficile d’engager une hausse uniforme des salaires sans augmenter les coûts de production et le prix de vente. Entrepreneurs engagés, nous sommes conscients que le salaire chargé est trop lourd pour l’employeur et que le salaire net est trop léger pour le salarié. C’est pourquoi tous les dispositifs, même temporaires, qui visent à améliorer le pouvoir d’achat vont dans le bon sens. (…)

« L’actionnariat en direct se révèle plus pertinent, d’autant plus que les dirigeants voient en lui la combinaison d’un engagement financier et d’un affectio societatis qui donne un sens plus fort à la démarche. (…)
L’essor de l’actionnariat salarié en direct dans les PME requiert des mesures de simplification ou d’incitation. « Nous savons par exemple que le logement de titres non cotés dans un PEA-PME est un parcours du combattant du fait de la réticence des établissements bancaires qui, à leur décharge, peinent à obtenir des sociétés non cotées les documents requis. (…) Le régime fiscal de détention d’actions, que l’on soit salarié ou non, doit être harmonisé(…) Un engagement encore plus fort de tous les acteurs de la chaîne, y compris des pouvoirs publics, doit rendre l’actionnariat salarié en direct plus attrayant et surtout accessible aux PME et ETI non cotées. » (…)

# CYBERSÉCURITÉ

« Alors que les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024 vont surexposer les entreprises au risque cyber, les TPE-PME, traditionnellement moins protégées et assurées, le seront tout particulièrement. (…) Chaque année, plus de la moitié d’entre elles font l’objet d’une cyberattaque, avec des tentatives illicites de porter atteinte à la confidentialité, à l’intégrité ou à la disponibilité de leurs données et de leurs systèmes d’informations. Ce nombre est en augmentation constante. Lorsqu’elles entraînent la perte de données personnelles, la panne de systèmes informatiques ou des dommages financiers, ces cyberattaques ont des conséquences très dommageables, pour l’entreprise victime et ses collaborateurs, ainsi que pour ses fournisseurs et ses clients. (…)
« La prévention du risque numérique est désormais une nouvelle politique publique. Le Conseil régional d’Île-de-France a par exemple voté en novembre 2023 au bénéfice des PME franciliennes la création d’un « Chèque Cyber »en deux volets. (…)
« Ce dispositif utile a été élargi. Depuis le 1er février, il bénéficie aussi aux TPE, lesquelles représentent 78,5% des entreprises franciliennes et sont également exposées au risque cyber. Faute de moyens et de formations, elles ne sont pas toujours en mesure de rehausser leur niveau de sécurité numérique. »

# UNE ÉCONOMIE DE LA BIENVEILLANCE

« Ce nouveau modèle d’entreprise ne doit pas être regardé comme un ensemble d ’ »obligations » nouvelles, de « référentiels » de plus, ou de formalisme supplémentaire. Non, c ’est d ’ abord et avant tout un nouvel état d’esprit, à la rencontre entre l ’efficacité économique et l ’éthique, entre la performance financière et commerciale, entre la bienveillance et la solidarité. Pour être plus forts demain et prospérer, l’entreprise doit être davantage bienveillante et ouverte. Tant la société, donc le marché, que l’individu, donc le collaborateur, aspirent à une transition vers un modèle de l’utilité sociale du travail et de l ’accomplissement de l’entreprise comme de soi. Ainsi, les salariés peuvent-ils être associés à la conduite des décisions et au (partage des) bénéfices (…)

« Cette nouvelle économie que nous appelons de nos vœux et à laquelle nous travaillons, n ’est pas une économie naïve, alors que les entreprises évoluent dans le délicat environnement de la mondialisation et des tensions observées dans les échanges commerciaux internationaux. C’est une économie protectrice, ambitieuse et bienveillante, dans laquelle des alliances sont nécessaires entre l’employeur et ses salariés à l’intérieur de l’entreprise, et entre l’entreprise et le reste de l’économie et de la société. C’est une économie avec les autres et non contre eux. (…) J’aurais pu la qualifier d’ »éthiconomie », mais je préfère la formule d’une « économie de la bienveillance ». (…)

Bernard Cohen-Hadad – « L’avenir appartient aux PME » – Éditions Dunod 2024 – 160 pages – 16,90 euros