Perspectives 2025 : la France et l’Europe en quête de rebond ; l’Amérique de Trump met le turbo

En ce début d’année 2025, la France va-t-elle retrouver un semblant de stabilité et d’apaisement, nécessaires à la relance de son économie? La faiblesse de la croissance en Europe contraste avec le triomphalisme arrogant de l’Amérique de Trump et le dynamisme des pays émergents d’Asie et d’Afrique. Quelles sont les capacités de rebond de la France et de l’Union européenne dans un paysage international en pleine recomposition?  Enjeux et perspectives.

Crédit illustration : Vicki Hamilton – Pixabay

L’économie française piétine

La France affronte depuis juin 2024 et la dissolution inopinée, une crise politique inédite sous la Cinquième République, sans équivalent depuis les événements de mai 68. Avec la fragmentation des opinions et l’absence de majorité claire, la radicalisation des extrêmes et des prises de parole, exacerbée par les médias sociaux, dégrade le débat démocratique.

Cette situation freine les décisions d’investissement et d’embauche des entreprises; elle incite à l’attentisme et à l’épargne de précaution des ménages.

Seule embellie dans cette conjoncture morose, la décrue de l’inflation qui devrait passer sous les 2%, avec  un taux de 1,4% anticipé cette année par Bercy, ce qui devrait redonner du pouvoir d’achat aux ménages; même si ceux-ci se sentent pénalisés par les fortes augmentations de prix des dépense contraintes (alimentation, assurances, transports, logement…).

Panne de croissance

Après un troisième trimestre 2024 dopé par le tourisme et l’effet Jeux Olympiques (+0,4 %), la croissance française a été légèrement négative au 4ème trimestre (-0,1 %), comme on pouvait s’y attendre du fait du contexte d’incertitude politique. Sur l’année entière, la croissance aura été de 1,1%.

L’année 2025 ne sera pas meilleure : les différentes prévisions tablent sur un maigre  0,8% ou 0,9%.

Eric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique, lors de la présentation de ses vœux aux acteurs économiques, le 23 janvier 2025 à Bercy – crédit photo : Consulendo 2025

Présentant ses vœux aux acteurs de l’économie le 23 janvier, Eric Lombard, le ministre de l’Économie et des Finances, s’est toutefois réjoui que cette prévision soit « significativement plus élevée que la moyenne européenne : notre principal partenaire européen, l’Allemagne, a ainsi connu une année 2024 en récession, et anticipe une croissance 2025 à 0,4% seulement… »

Oubliant d’évoquer notre voisin l’Espagne qui a terminé l’année avec une croissance de 3,2%, trois fois plus que la moyenne de la zone euro! Et devrait réaliser 2,7%  de croissance en 2025 et 2026 selon les prévisions du FMI. Un redressement économique remarquable, sous l’impulsion d’un gouvernement socialiste qui n’a pas hésité à porter l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans en 2027…

Morosité. « Les incertitudes intérieures, autant que la morosité de nos principaux partenaires commerciaux, n’incitent pas à l’optimisme pour la conjoncture des prochains trimestres », confirme l’économiste Sylvain Bersinger du cabinet Astérès : « L’incertitude n’incite ni les entreprises à investir, ni les ménages à consommer, alors même que la baisse de l’inflation redonne un peu de pouvoir d’achat. (…) La reprise est lente en Allemagne et une hausse sensible de la dépense publique ne devrait pas se produire avant, au mieux, 2026. L’Espagne est certes plus dynamique mais la croissance globalement faible de la zone euro ne devrait pas permettre de stimuler sensiblement les exportations tricolores. »

Décrochage. Patrick Martin, le président du Medef, alerte sur France Inter le 16 janvier : « La France est en train de décrocher, et de décrocher en Europe, mais aussi par rapport aux États-Unis. C’est une réalité. au sein de l’Union européenne, il y a des pays qui se portent bien : la Pologne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, d’une certaine manière. Il faut quand même que, tous ensemble, on en prenne conscience. »

Hausse des défaillances d’entreprises

Parmi les signaux inquiétants, la remontée des défaillances qui retrouvent des niveaux d’avant Covid19, avec un nombre record de dépôts de bilan pour l’année 2024 : 67 800, enregistrés par le cabinet Altares qui alerte sur une hausse inquiétante des défaillances de PME-ETI de plus de 50 salariés (+30 %), « en particulier dans l’industrie manufacturière, le commerce de gros et le transport… »

Le nombre total d’emplois menacés par ces dépôts de bilan atteint 256 000, soit 11 000 de plus sur un an.

Dans le secteur de la construction, particulièrement éprouvé par l’effondrement des mises en chantier, on déplore 14 740 faillites en 2024,  et 45 000 emplois menacés. Selon la Fédération française du Bâtiment, ce sont plus de 100 000 postes qui pourraient disparaître en 2025, avec la poursuite de la chute de l’activité (-5,6% de baisse en volume après – 6,6% en 2024)…

Inquiétude et impatience des chefs d’entreprise 

Les dirigeants d’entreprise, sur toute l’échelle de leur diversité, des groupes cotés en Bourse aux TPE, manifestent leur inquiétude, voire leur exaspération face à l’instabilité politique depuis sept mois.

Sophie de Menthon, la présidente du mouvement d’entreprises indépendantes Ethic, regrette régulièrement que les politiques n’écoutent pas suffisamment les entrepreneurs de terrain, « alors que les solutions viendront des entreprises »

« Les politiques ne peuvent pas continuer à « manager » (le pays) sans écouter les patrons », s’impatiente la médiatique dirigeante dans Le Figaro.

Le dernier Baromètre Fiducial-Ifop des TPE publié le 22 janvier 2025, fais ressortir un niveau de pessimisme des entrepreneurs « au plus haut depuis 10 ans ».  Les dirigeants de TPE de moins de 20 salariés sondés trimestriellement depuis le début des années 2000, se disent inquiets pour l’économie française (86%), la situation sociale (85%), mais aussi pour leur propre activité (56%, niveau historique). Seuls 25% d’entre eux prévoient une croissance de leur activité cette année…

Amir Reza-Tofighi, le nouveau président de la CPME, en janvier 2025. crédit photo : Consulendo 2025

A peine élu à la présidence de la Confédération des PME, succédant à François Asselin, Amir Reza-Tofighi a exprimé sa préoccupation face à la dégradation de la situation économique : baisse des investissements, des intentions d’embauche, recul de la consommation, hausse des défaillances… « Seuls 16 % des industriels envisagent des investissements de capacité en 2025, contre 25 % en 2024. »

Le nouveau président de la CPME, fondateur très jeune d’une société de services aux personnes, Vitalliance, enjoint le gouvernement de ne pas augmenter les charges qui pèsent sur les entreprises : « Pas de hausse des prélèvements ni d’alourdissement du coût du travail, ce qui tuerait encore plus l’investissement et l’emploi… »

 

« Le gouvernement doit avoir le courage de réduire les dépenses inutiles et d’engager des réformes ambitieuses »  –  Amir Reza-Tofighi, président de la CPME

« Nous vivons dans une économie ouverte sur le monde », rappelle-t-il, lors de sa première rencontre avec la presse, « les politiques publiques ne doivent pas compromettre la compétitivité de nos entreprises. »

A son tour, il recommande aux responsables politiques de s’inspirer du management entrepreneurial pour retrouver rigueur et bon sens dans la gestion des comptes publics : « Comme dans nos entreprises, il faut avoir le courage de réduire les dépenses inutiles et d’engager des réformes ambitieuses. »

Paritarisme. Se disant autant attaché que ses prédécesseurs au paritarisme, dans la négociation patronat-syndicats, Amir Reza-Tofighi participera activement au « conclave » sur la réforme des retraites initié par le Premier ministre, « sans lignes rouges, mais avec deux exigences fondamentales : préserver la compétitivité des entreprises et réduire le déficit public. »

crédit illustration : Gerd Altmann -Pixabay

Le casse-tête de la réforme des retraites

Pour calmer les aigreurs de la gauche et des syndicats quant au serpent de mer des retraites, le Premier ministre François Bayrou a eu l’habileté de redonner la main aux partenaires sociaux pour remettre en discussion la réforme adoptée par le Parlement en 2023 et constamment contestée depuis.

 

Syndicats patronaux et de salariés se réuniront une fois par semaine pendant trois mois, après réception d’un diagnostic sur les « vrais » chiffres commandé à la Cour des comptes dont la publication est attendue pour le 19 février. À la demande du Premier ministre, l’institution de la rue Cambon doit donner « l’état actuel et précis du financement du système de retraite : ce résultat, le gouvernement le communiquera à tous les Français. »

François Bayrou – 2024 – Crédit photo : Consulendo

UN DÉFICIT STRUCTUREL

François Bayrou n’a pas oublié que comme Haut Commissaire au Plan, il avait fait réaliser fin 2022 une étude sur le déficit des retraites.  « Notre système de retraite verse chaque année quelque 380 milliards d’euros de pensions. Le système par répartition voudrait, dans son principe, que chaque année, les actifs assument le versement de ces pensions. Or, sur ces 380 milliards, les employeurs et les salariés privés et publics versent à peu près 325 milliards par an. Cette somme s’obtient en additionnant les cotisations salariales et patronales du privé et du public, estimées au même taux, et les impôts versés par les contribuables et affectés aux retraites. 380 milliards moins 325 milliards : restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques et au premier chef, par le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, notre pays l’emprunte. (….) Sur les plus de 1 000 milliards de dettes supplémentaires accumulées par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total », a précisé le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier 2025.

 

« Sans totem ni tabou »

Sur la base d’un diagnostic partagé, le Premier ministre a exprimé, lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier, sa conviction que les partenaires sociaux pouvaient trouver « une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem et sans aucun tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée (…) de ne pas dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. »

« Faire payer les pensions des retraités actuels par les générations futures est immoral », reconnaît le nouveau président de la CPME. « C’est une double punition : ils hériteront de la dette et manqueront des investissements cruciaux pour leur avenir. Pendant que les États-Unis investissent 500 milliards de dollars dans l’inteligence artificielle (IA), nous risquons d’aggraver notre déficit et de sacrifier notre compétitivité », s’inquiète Amir Reza-Tofighi.

Distinguer le déficit des retraites du privé de celui de l’État-employeur

Le problème est qu’il n’y a pas vraiment aujourd’hui de « diagnostic partagé » sur la situation des retraites dans notre pays. En effet, les données actuellement disponibles sont tellement imbriquées, entremêlées, compliquées (à dessein?) à interpréter, du fait de la multiplicité des situations et des régimes (42 au total!) et notamment des régimes spéciaux, du fait des compensations versées par des caisses publiques, qu’il est très difficile de savoir d’où proviennent les sources de déficit et quelles pourraient être les améliorations  durables (sauf à compléter le régime de répartition par une bonne dose de capitalisation…).

Pour la clarté et l’efficacité du débat, il faudrait séparer la comptabilité des retraites du secteur privé de celle des retraites du secteur public et de ses (nombreux) régimes spéciaux, car les modalités de cotisation et de pension sont différentes. Il est indispensable que la Cour des comptes révèle précisément le montant du déficit éventuel dû au versement des retraites du privé, et celui qui relève de la responsabilité de l’État et des collectivités locales en tant qu’employeurs de quelque de 5,5 millions d’agents publics…

D’ores et déjà, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Leon, a demandé que ne soient pas mélangées dans les négociations la situation des retraites du secteur privé et celle relative aux pensions des fonctionnaires. Le patronat se tient aussi sur cette ligne, qui est somme toute celle du bon sens. À l’État-employeur de prendre ses responsabilités!

En attendant la publication du diagnostic de la Cour des comptes, on lira avec intérêt la note publiée début janvier 2025 par le président du COR (Conseil d’orientation des retraites), l’économiste Gilbert Cette, qui évalue à 125 milliards d’euros les transferts de l’État en faveur des dépenses de retraites…

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Prévisions de croissance des principaux pays en 2025 et 2026. Source : Fonds monétaire international, janvier 2025

États-Unis / Europe, le découplage

Dans ce contexte international en pleine recomposition et riche en rebondissements, nous nous focaliserons seulement sur les États-Unis et l’Union européenne.

# Retour en force de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier 2025

crédit illustration : Donald Trump par Pete Linforth – Pixabay

Le 47ème président des États-Unis a triomphalement annoncé, avec son retour au pouvoir suprême, le début d’un nouvel « âge d’or pour l’Amérique »

Comme il l’avait dit, Donald Trump imposera des droits de douane de 25% sur les importations de la Fédération , et ce « afin d’enrichir les citoyens américains ».

Dé-bureaucratisation ( mission confiée à l’homme d’affaire Elon Musk), et dérégulation, sont brandis comme des leviers de progrès et de croissance. Avec, entre autres, la libération de la construction de voitures thermiques, à contre-temps de l’interdiction européenne pour 2030…

Portée par une forte demande intérieure, la croissance économique des États-Unis devrait se maintenir à un niveau élevé, en raison notamment de l’optimisme des acteurs et de sources d’énergie bon marché : le FMI l’évalue à  2,7 % en 2025, après 2,8% en 2024,  « reflétant la vigueur des marchés du travail et l’accélération des investissements, entre autres. » Soit près de trois fois plus que la moyenne européenne!

« L’économie américaine semble en bonne voie pour continuer à surperformer en 2025, avec des consommateurs soutenus par des bilans financiers sains et des gains des salaires réels, et une croissance de la productivité contrastant avec la stagnation observée en Europe… » – CA-Indosuez

Pour Pierre-Olivier Gourinchas du Fonds monétaire international (FMI),  » la divergence ( de croissance ) entre les États-Unis et l’Europe tient davantage à des facteurs structurels : elle tient à une croissance de la productivité qui reste plus vigoureuse aux États-Unis, en particulier dans le secteur technologique, ainsi qu’à un climat des affaires plus favorable et à des marchés des capitaux plus développés. Avec le temps, cela se traduit par des rendements supérieurs sur les placements américains, un accroissement des flux de capitaux entrants, un dollar plus fort et des niveaux de vie aux États-Unis qui se détachent par rapport à ceux des autres pays avancés. »

L’annonce d’un relèvement spectaculaire des droits de douane sur les importations américaines fait craindre le déclenchement d’une guerre commerciale qui affecterait les principaux pays fournisseurs des États-Unis, et notamment la Chine qui serait encline à réorienter ses exportations vers le marché européen…

# Union européenne : un plan d’innovation et de simplification pour échapper au déclin

A l’intérieur du parlement européen à Strasbourg (crédit photo : Consulendo)

L’anémie de l’économie allemande plombe la croissance dans la zone euro qui est en dessous de son potentiel, avec un maigre 0,8% en 2024 et 1% projetés en 2025 par le FMI qui se veut plus optimiste pour 2026 : « La croissance devrait s’accélérer pour s’établir à 1,4 % grâce à l’augmentation de la demande intérieure sous l’effet de l’assouplissement des conditions de financement, de l’amélioration de la confiance et d’un léger recul de l’incertitude. »

Le contraste est frappant avec le dynamisme des États-Unis et avec la croissance des pays émergents (Afrique, Asie) quatre à cinq fois supérieure à celle du vieux continent!

L’Europe s’est réveillée au 21ème siècle dans une situation de vassale, dépendante des grandes plateformes Internet, GAFAM américains (Amazon, Google, etc.) ou BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) qui dominent le marché des utilisateurs.

Aussi l’Union européenne ne veut-elle pas cette, fois, rater la bataille décisive de l’intelligence artificielle (AI) au risque d’une nouvelle dépendance, voire d’une marginalisation…

« Le monde ne nous attendra pas… »

« Le monde ne nous attendra pas », a concédé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, le 29 janvier, en présentant la feuille de route de l’UE pour les cinq ans à venir, qualifiée de « boussole pour la compétitivité ». « Nous devons corriger nos faiblesses pour regagner en compétitivité », a déclaré la présidente de la Commission. « La boussole pour la compétitivité transforme les excellentes recommandations du rapport Draghi en feuille de route. Nous avons donc un plan. Nous avons la volonté politique. Ce qui importe est la vitesse, et l’unité. Tous les États-membres sont d’accord sur ce point. Agissons donc en partant de ce consensus. »

Avec ce plan quinquennal, l’Europe ambitionne de rattraper son retard dans les hautes technologies par rapport à la Silicon Valley, « pour devenir à la fois la région où les technologies, services et produits propres seront inventés, fabriqués et mis sur le marché, et le premier continent à atteindre la neutralité climatique. » La Commission européenne annonce notamment le lancement d’une « initiative sur les giga-fabriques d’IA », afin de stimuler le déploiement de l’intelligence artificielle dans des secteurs clés. …

 

Pour atteindre ces objectifs, l’UE devra notamment réaliser une union des marchés de capitaux nécessaire au financement des jeunes pousses à fort potentiel. La Commission promet aussi un « choc de simplification » pour réduire le carcan réglementaire et administratif. Une directive ‘omnibus‘ « simplifiera la publication d’informations en matière de durabilité, le devoir de diligence et la taxinomie.  Objectif : « réduire d’au moins 25 % la charge administrative qui pèse sur les entreprises et d’au moins 35 % celle qui pèse sur les PME. »

Ainsi l’Union européenne s’emploie-t-elle désormais à démentir la critique, non dénuée de fondement, disant : « Les États-Unis innovent, tandis que l’Europe réglemente »…