FRANCE / Déficits, dette, impôts, travail … des vérités dures à entendre

Un an après la dissolution déroutante de l’Assemblée nationale, la France demeure profondément fracturée. La défiance à l’égard des politiques et des institutions est forte dans le pays. Une croissance économique faible, un contexte international particulièrement chaotique, n’incitent guère les acteurs économiques et sociaux à l’euphorie… En annonçant, au cœur de l’été, une série de mesures d’économies budgétaires pour redresser des comptes publics dans le rouge, le Premier ministre a soulevé une levée de boucliers. Faute de majorité au Parlement, ses marges de manoeuvre paraissent extrêmement réduites. Alors que le pays, plus que jamais, aurait besoin d’un sursaut salutaire pour se réformer.  

 

« Le moment de vérité » – Intervention du Premier ministre, François Bayrou, à Matignon, le 15 juillet 2025 – Crédit photo : Consulendo

Moment de vérité.  La présentation, le 15 juillet 2025, par le Premier ministre de l’état préoccupant des finances publiques et des mesures de redressement qu’il propose (avec 43,8 milliards d’euros « d’économies » à faire en 2026), a soulevé une levée de boucliers et une salve de protestations de toutes parts. Dont un appel à un « arrêt total et illimité du pays »(sic) à partir du 10 septembre : une exhortation à la grève de la production et de la consommation lancée, via les médias sociaux, par un mouvement hétéroclite ambitionnant de rééditer la révolte des Gilets jaunes …

Ce chœur des protestataires ne doit pas étonner.

Il n’y pas de consensus en France, ni sur le diagnostic concernant la situation du pays, ni sur les mesures à prendre…

Un an après la dissolution déroutante de l’Assemblée nationale en juin 2024, la France demeure profondément divisée, connaissant une période d’instabilité politique inédite depuis Mai 1968; une situation peu propice à la concorde nationale et à la croissance économique.

Dans un contexte géopolitique marqué par un regain des tensions internationales et des conflits armés, violences, incivilités, insécurité, grogne sociale, défiance à l’égard des élus et des institutions, montée du chômage, créent, chez nous, un climat délétère que les professionnels du chaos et certaines puissances étrangères sont prêts à exploiter.

« Un État en situation de faillite »

Cet environnement est le pire moment dont pourrait rêver tout gouvernement pour réformer le pays.

Et pourtant, François Bayrou, n’a guère le choix.

Surtout que, tel Don Quichotte défiant les moulins à vent, voici des décennies qu’il ferraille contre l’addiction de la France à la dépense publique et à l’endettement. « C’est la dernière station avant le précipice », a-t-il averti le 15 juillet!

A partir d’un exposé abondamment chiffré et documenté, le Premier ministre aurait pu reprendre à son compte la fameuse assertion de son prédécesseur, François Fillon, le 21 septembre 2007 : « Je suis à la tête d’un État en situation de faillite »…

Intitulé « Le moment de vérité »,  l’état des lieux qu’il a dressé du pays le 15 juillet 2025 était censé convaincre les Français de la gravité de la situation et de l’urgence des mesures à prendre.

Mais, en politique, les gens ne se déterminent pas en fonction d’éléments factuels, rationnels, mais à partir de leur ressenti, de leurs émotions, de leurs passions, de leur situation, de leur entourage, de leurs engagements et de leurs préjugés.

Plus que jamais, l’assertion paradoxale « on voit ce que l’on croit » s’applique au débat actuel sur la gestion de l’argent public et sur ce qu’il convient de faire.

Les mesures préconisées parle Premier ministre pour redresser les comptes publics, immédiatement qualifiées de plan « d’austérité » par le chœur des protestataires, feront l’objet de discussions et de tractations à la rentrée, notamment au sein du Parlement.

« Il nous faut repenser tous nos budgets, non pas à partir de ce qui se faisait l’année précédente, augmenté d’un pourcentage d’inflation,  mais de ce qu’exige le service ou l’action à reconduire. »  François Bayrou, discours de politique générale, 14 janvier 2025.

Quant au volet de « relance économique », il devrait mobiliser les partenaires sociaux, notamment autour de la réforme de l’assurance-chômage, du temps de travail et de l’éventuelle « monétisation » de la cinquième semaine de congés payés. Les accords interprofessionnels (ANI) conclus récemment par les partenaires sociaux, sur le partage de la valeur et sur l’emploi des séniors, démontrent que les acteurs de la société civile sont capables d’avancer sur la voie de la réforme et du progrès, indépendamment de l’action de l’État.

La rentrée économique et sociale s’annonce donc particulièrement animée… Et décisive.

Nous aurons l’occasion de revenir sur la préparation du budget 2026. Concentrons-nous cette fois sur l’analyse de quelques indicateurs de la situation économique et financière de la France.

crédit photo : Pixabay

Ces chiffres ne font pas plaisir, pourtant c’est la réalité!

  • Les dépenses  publiques sont au plus haut : incluant le budget de l’État, des administrations, les dépenses sociales, etc, ces dépenses se montent en 2025 à  1 695 milliards d’euros, soit 57% de la production intérieure (PIB). Un niveau historique pour la France, et qui nous place en tête des pays de l’OCDE. Malgré la réduction préconisée des 44 milliards d’euros (à peine 2,5% du total!) en 2026, le budget devrait quand même augmenter l’an prochain, selon les chiffres de Bercy, à  1 722 milliards d’euros.

Il est donc faux de dire que la France dépensera moins en 2026.

À un tel niveau de dépenses publiques, ceux qui  dénoncent un « désengagement de l’État » ou une « politique d’austérité » sont manifestement dans un déni de la réalité.

  • Croissance en berne  : Pour la troisième année consécutive, la croissance économique sera inférieure à 1% (cf. l’étude Rexecode en fin d’article).  Ceci réduit considérablement la marge de manoeuvre du gouvernement. Rappelons que les impôts et taxes sont prélevés sur la richesse créée : on ne peut répartir que que ce l’on produit! Or l’incertitude politique intérieure et les tensions internationales pèsent sur les décisions d’achat et d’investissement, des particuliers comme des entreprises. Tandis que l’épargne de précaution enfle (autant d’argent qui ne va pas à la consommation!).

Les défaillances d’entreprises se situent à un niveau élevé et le chômage augmente. Par ailleurs la France manque d’entreprises exportatrices, capables de compenser la faiblesse du marché intérieur. Et nous traînons un déficit structurel du commerce extérieur depuis vingt ans (103 milliards d’euros en 2024).

  • Le déficit des finances publiques (dépenses moins recettes) s’est élevé en 2024 à 168 milliards d’euros, soit 5,8% du PIB. L’objectif est de le « ramener » à  5,4% en 2025 (environ  158 milliards!) et à 4,6% en 2026.  Pourquoi ? Il n’ y a pas de miracle : l’accumulation des déficits budgétaires (depuis 50 ans!) est financé au prix d’un accroissement de la dette publique, qui dépasse les 3 300 milliards d’euros…

Le Premier ministre a tracé une trajectoire de réduction du déficit pour passer sous la barre des 3% du PIB en 2029. En vérité, il n’a pas le choix, c’est une obligation que nous avons acceptée : la France est sous le coup d’une procédure de surveillance de la part de l’Union européenne pour « déficit public excessif »… Et les autorités françaises se sont engagées vis à vis de Bruxelles à prendre des mesures pour réduire ce déficit.

Certains opposants disent que nous devrions nous affranchir des exigences de l’Europe… C’est naïvement oublier que nous avons en partage une monnaie commune, l’euro. C’est dans cette monnaie qu’est souscrite notre dette par les investisseurs internationaux, et la solidité de l’euro constitue pour eux une garantie. Cela nous oblige à respecter des règles communes. Autrement, si nous n’étions pas dans l’euro, nous aurions dû dévaluer le franc à plusieurs reprises, compte tenu de l’ampleur de nos déficits, ce qui, mécaniquement renchérirait notre dette…

  • 60% du total des dépenses publiques représentent des dépenses de protection sociale (sécurité sociale, retraites…). Or, dans le schéma initial mis en place à la Libération, il y a 80 ans, le financement de notre « modèle social »  devait reposer sur les cotisations des actifs. Mais, aujourd’hui, du fait de l’extension continue des dispositifs d’assistance et de « couverture » sociale, de l’extension du secteur public, les cotisations ne couvrent plus que 65% de la dépense totale. L’État doit combler le déficit avec des recettes qu’il n’a pas … ce qui augmente chaque année la dette publique.

 

  • Désormais le remboursement annuel de la dette publique (paiement des intérêts à nos créanciers), soit 65 milliards d’euros prévus cette année,  est devenu l’un des premiers postes budgétaires…  Il pourrait atteindre les 100 milliards d’euros avant la fin de la décennie, soit plus que le budget de la Défense! C’est autant d’argent en moins, qui ne peut aller à l’amélioration des services publics ou dans des investissements d’avenir.

 

  • Travail : le Premier ministre a aussi déploré que, collectivement, nous ne produisions pas assez de richesse pour pouvoir nous « payer » le niveau de protection sociale dont nous bénéficions. Effectivement, selon une étude de l’institut Rexecode , en 2023, les salariés Français à temps complet ont travaillé en moyenne 1 673 heures dans l’année, contre 1 790 heures  en Allemagne, temps équivalent à la moyenne européenne. Dans une année, les Français travaillent entre trois et quatre semaines de moins que leurs voisins (exception faite de la Finlande)! Outre le nombre d’heures travaillées par salarié, notre situation est pénalisée par le fait qu’il n’y  a pas, au total, suffisamment de personnes au travail : le taux d’emploi est chez nous plus faible que la moyenne européenne (68 % contre 70 %), et notamment comparé à  celui de l’Allemagne (77 %),  de la Suisse (80%) ou des Pays-Bas (82 %). Et aussi, le maintien dans l’activité des séniors est plus faible que chez nos voisins, même si la situation s’améliore un tout petit peu : le taux d’emploi des 60-64 ans était à peine de 39% en France en 2023, contre 51% en moyenne en Europe…

 

La France vit au dessus de ses moyens

crédit illustration : Mohamed Hassan – Pixabay

Depuis des décennies la France est perfusée à la dépense publique. Et tout le monde s’en accommode. Les dirigeants comme les citoyens. Car cela nous évite d’engager une réforme en profondeur du fonctionnement de notre sphère publique.

Notre « modèle social » fort généreux est financé à crédit!

Ce choix de l’endettement a été largement facilité par l’adoption de l’euro, il y a vingt-cinq ans.  Grace aux excédents de l’Allemagne, nous avons bénéficié d’une monnaie à fort pouvoir d’achat, et avons pu emprunter avec des taux d’intérêt faibles (du fait la politique dite du « quantitive easing » de la Banque centrale européenne, la BCE). Et, en cas de difficulté à financer le remboursement de notre dette, si la défiance gagnait un jour nos créanciers, seule la BCE pourrait nous sauver de la faillite en prenant « en pension » nos titres d’endettement… Les partisans d’un « Frexit » devrait garder cela à l’esprit!

La France  n’est pas la Grèce, disent les plus optimistes…

Et certains économistes affirment que la dépense publique est bénéfique car elle permet de maintenir la croissance à un niveau élevé, laquelle étant essentiellement tirée par la consommation des ménages et des administrations (politique de la demande). Ceci est vrai en principe, et a pu fonctionner dans le passé dans des environnements relativement homogènes.

Mais dans des économies ouvertes à la mondialisation des échanges, comme l’est désormais la France, la demande soutenue par la dépense publique profite surtout … aux importations, notamment de biens à bas-coûts, au détriment des producteurs français et de l’emploi national. Et ceci creuse davantage encore le déficit de notre commerce extérieur!

(crédit photo : Pixabay)

« Il suffirait de taxer les riches… »

A gauche et à l’extrême-gauche, on argue que la France n’aurait pas un problème de dépenses mais un problème de recettes…

Autrement dit, il serait très facile, selon eux,  de combler le déficit budgétaire de 150 milliards d’euros « en prenant l’argent là où il est ».  C’est à dire chez les riches!

Ainsi, l’option de taxer le patrimoine des plus fortunés revient à nouveau sur le tapis. Avec la proposition d’imposer une nouvelle taxe, dite Zucman (du nom de l’économiste qui l’a inspirée), de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros (soit moins de 2 000 contribuables).

Le Sénat a rejeté le 12 juin 2025 cette proposition de loi portée par les écologistes et la gauche. Le Conseil constitutionnel l’aurait sans doute aussi retoquée, de l’avis des observateurs.

Rappelons que l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – remplacé par Emmanuel Macron par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) – , et dont l’assiette était beaucoup plus large, ne rapportait, au plus haut de son rendement, que quelque 7 milliards d’euros  (on est loin des 40 milliards recherchés)…

Les patrimoines des plus riches ne sont pas « liquides » : il s’agit essentiellement de parts de sociétés, de holdings patrimoniales ou de SCI. Pour acquitter ce nouvel impôt, les détenteurs de patrimoines seraient contraints d’en céder une partie. Ce qui les inciterait fortement à déménager, en toute légalité, leur domicile fiscal dans un pays européen plus accueillant.

211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises…

 

Les sénateurs Fabien Gay (à gauche), rapporteur, et Olivier Rietmann (à droite), président de la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants. Lors de la présentation à la presse de leur rapport, le 8 juillet 2025, au Sénat – Crédit photo : Consulendo

Mais voici qu’ un rapport du Sénat rendu public le 8 juillet 2025, tombe à point nommé.

Le rapporteur de la commission d’enquête de la Chambre Haute, le sénateur communiste Fabien Gay,  a brandi la somme impressionnante de 211 milliards d’euros comme établissant la première estimation exhaustive des aides publiques aux entreprises …

Message subliminal au gouvernement et au Premier ministre : Messieurs, si vous cherchez des économies à faire, il suffit de trancher dans le vif !

Le périmètre choisi par la commission d’enquête sénatoriale pour amalgamer toutes les « aides » aux entreprises fait débat. Ainsi le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan  estime qu’il faudrait retirer quelque 70 milliards d’euros que constituent les allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, pour aboutir à un total de 112 milliards d’euros en 2023, qui lui paraît « plus pertinent ». On rappellera, en effet, que toutes les entreprises bénéficient des allégements de charges sociales, y compris les entreprises publiques, comme EDF, la SNCF ou la Poste, ou encore les coopératives. Dans un éditorial publié le 17 juillet, Clément Beaune, le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan écrit : « Une aide n’est pas un « cadeau » car si les pouvoirs publics en décident, c’est bien pour poursuivre des objectifs de politique publique – atteints ou non – comme le soutien à l’emploi, à la R & D ou à certains territoires… »  Il nous semblerait plus juste de distinguer ce qui relève des subventions ou des avances aux entreprises, lesquelles constituent de fait des décaissements du budget public, de ce qui relève des allégements de cotisations, soit des recettes « théoriques » et non des sorties de « cash » pour l’État.

Il n’empêche, la commission sénatoriale a levé un véritable lièvre en réalisant que l’Administration française était dans l’incapacité de fournir aux parlementaires un bilan exhaustif des aides et subventions aux entreprises.

C’est pourquoi les sénateurs en appellent, à  travers 26 recommandations, à un « choc de transparence et de rationalisation », ainsi qu’à un choc de « responsabilisation », en matière d’efficacité et de « conditionnalité » de ces aides.

Le président du Medef, Patrick Martin, a réagi indirectement au rapport du Sénat en soulignant que les entreprises françaises étaient parmi les plus taxées de l’OCDE et que celles-ci participaient directement au financement du « modèle social » par des contributions substantielles. Notamment, « pour l’assurance-maladie, 80 milliards d’euros à la charge des entreprises en 2024, pour l’assurance-vieillesse, 66 Mds€, pour les allocations familiales, 38 Mds€, pour l’assurance-chômage : 29, 8 Mds€, soit deux-tiers des recettes totales… »

« Un gigantesque plat de spaghettis »

On réalise que l’omniprésence de la puissance publique dans le fonctionnement des circuits économiques et sociaux, à travers les multiples prélèvements obligatoires, les subventions et aides diverses, les exonérations, incitations fiscales et instructions règlementaires, constitue un véritable maquis, propice à la dilution des dépenses et au gaspillage…

Comme le résume très bien la journaliste économique Bertille Bayart dans Le Figaro : « La multiplicité et le volume des prélèvements d’une part et des aides d’autre part a fabriqué un gigantesque plat de spaghettis, impossible à démêler sans créer de révoltes catégorielles. « 

La réforme de l’État-Léviathan, du millefeuille administratif, du monstre bureaucratique, sans cesse reportée, paraît on ne peut plus urgente.

Mais quelle majorité pourrait l’engager aujourd’hui ?

J.G.

 

Comment « sortir l’économie française de l’enlisement » ?

Diagnostic & propositions de l’Institut Rexecode

Sous le titre, « Sortir l’économie française de l’enlisement par une réelle volonté de croissance », l’institut Rexecode, proche des milieux entrepreneuriaux et patronaux, a publié mi-juin un document de travail qui apporte un diagnostic lucide sur la situation de la France et propose des leviers de rebond.
Les auteurs de ce document, Michel Didier et Gilles Koleda, estiment « possible, par une politique de croissance, de sortir de l’ornière dans laquelle la France s’est enlisée : pas assez de productivité, trop de dette publique, un écart qui augmente entre les besoins sociaux et les ressources économiques. »

Extraits sélectionnés pour vous par Consulendo :

« Un écart se creuse entre l’addition d’attentes sociales considérées comme des « besoins », voire des exigences, et l’enveloppe des moyens rendus disponibles par la croissance. Les besoins supplémentaires affichés (transition écologique, défense nationale, sécurité, services publics, pouvoir d’achat..), qui correspondent tous à des attentes légitimes, seraient de plus de 100 milliards d’euros chaque année : augmentation des dépenses de décarbonation pour tenir l’objectif 2050 (évaluées à elles seules à 70 milliards d’euros), investissements numériques et d’innovation pour rester dans la course mondiale, amélioration de nos services publics, éducation, sécurité intérieure, hôpital, dépendance, sans compter la défense nationale et la demande récurrente de pouvoir d’achat.

Face à ces attentes, l’accroissement annuel du volume du PIB, qui mesure le supplément annuel de biens et services disponibles, s’est réduit de moitié au cours des dix dernières années et serait au mieux de l’ordre de 25 à 30 milliards d’euros dans les prochaines années.

La grande désindustrialisation et la perte de compétitivité ont conduit à un déficit persistant des échanges extérieurs. (…)

Rexecode explore plusieurs scénarios économiques et budgétaires pour les prochaines années.

Un scénario tendanciel se traduirait par une croissance moyenne de 0,7 % à 1,0 % par an et un déficit public encore supérieur à 5 points de PIB en 2030. La dette publique atteindrait alors 130 % du PIB. Aucun des problèmes actuels ne serait résolu. (…) Cette perspective laisserait subsister un écart durable entre les besoins affichés et le surplus annuel disponible, et elle ne permettrait aucune amélioration spontanée des comptes publics. (….)

Sauf mesures fortes, le risque d’effet « boule de neige » s’accentuera, le déficit augmentant la dette, l’augmentation de la dette augmentant les charges d’intérêt, et l’augmentation des charges d’intérêt augmentant le déficit.  Les réactions devraient être d’autant plus brutales qu’elles seraient tardives.

Le scénario d’une forte baisse des dépenses publiques (l’hypothèse est 1,5 % du PIB soit 45 milliards d’euros) amorcerait un recul du déficit public. Il conduirait aussi l’économie à une période déflationniste et récessive et à une croissance moyenne de 0,5 % par an sur la période 2025-2030. L’écart entre les attentes collectives et les ressources disponibles augmenterait.

Ces mesures auraient à court terme un impact négatif sur la croissance;  elles pèseraient sur les recettes. Elles conduiraient probablement à une phase récessive.

Quant à la tentation de réduire le déficit par une augmentation des prélèvements obligatoires, sa mise en oeuvre aurait des effets durablement négatifs sur l’économie. Elle serait contreproductive et devrait être écartée. (…)

Pour Rexecode, un scénario de croissance est souhaitable et possible.

Une politique de croissance permettrait de sortir l’économie française de l’enlisement. Elle faciliterait la réduction des trois déséquilibres : le déséquilibre entre les ressources et les besoins collectifs, le déséquilibre extérieur, et le déséquilibre entre les dépenses et les recettes publiques.

Le taux de croissance potentiel de l’économie française pourrait être porté progressivement d’environ 1 % par an à 2 %. Le supplément annuel de revenu national créé doublerait, passant de 30 milliards par an à 60 milliards. Cela permettrait de couvrir les besoins collectifs prioritaires et d’atténuer sensiblement les conflits d’objectifs.

Le déficit public pourrait être ramené à moins de 3 % du PIB avant 2030 sans nécessiter une baisse trop brutale du niveau de la dépense publique. Cela impliquerait toutefois une certaine réallocation de la dépense publique en faveur de mesures de croissance, et par conséquent des réductions au moins équivalentes d’autres postes de dépense.

Une politique de croissance (…) implique une vision claire et partagée des perspectives et des risques de moyen terme, une cohérence des priorités et des efforts et, avant tout, une réelle volonté collective de croissance.

En augmentant le revenu national distribuable, une politique de croissance serait favorable non seulement à la réduction du déficit public, mais aussi aux besoins de décarbonation, de réarmement et de pouvoir d’achat. (…) La France pourrait ainsi répondre à ses défis budgétaires, mais aussi aux besoins climatiques et sociaux, au bénéfice de tous. »

Quatre leviers à mobiliser selon Rexecode pour stimuler cette politique de croissance : 

Productivité : Renforcer la productivité par la recherche publique et privée; encourager la diffusion de l’innovation, la montée en compétences professionnels, la simplification réglementaire ; soutenir l’émergence des entreprises nouvelles en stimulant l’accès au capital-risque.

Épargne :   Orienter l’épargne des ménages vers le financement des entreprises et de l’investissement productif. A cet effet, la création de fonds d’investissement à capital garanti (FCG) constituerait une innovation financière de rupture. Ces fonds devraient pouvoir être rachetables à tout moment, sans perte en capital. Rexecode estime qu’un potentiel de 100 milliards d’euros d’épargne pourrait être à terme ainsi mobilisé.

Travail :  Augmenter le volume d’heures travaillées par un ajustement de la durée moyenne du travail, et un nouveau relèvement progressif de l’âge de départ effectif en retraite, ce qui contribuerait à la fois à l’équilibre du système de retraite et à la croissance. Un supplément de 0,4 point par an du volume des heures travaillées, au-delà du scénario tendanciel, pourrait ainsi être obtenu, estime Rexecode. 

Nouvelle industrialisation : accélérer les investissements dans les secteurs d’avenir, notamment la décarbonation, la digitalisation et, dans le contexte actuel, la Défense, pour mieux positionner la France sur les chaînes de valeur mondiales. Aucun secteur ne doit être négligé dans la recherche d’activités motrices nouvelles (par exemple dans la chimie, la métallurgie, le médicament).