FRANCE 2026 : L’économie tourne en sous-régime, bridée par de nombreux freins

Les tensions et menaces qui étaient à l’œuvre dans le monde en 2025, sont toujours présentes en ce début d’année 2026. La guerre en Ukraine se prolonge de façon dramatique. De nouvelles sources d’inquiétude se sont ajoutées, comme l’intensification de la crise iranienne ou les visées expansionnistes du président Trump sur le Groenland ouvrant une crise inédite au sein-même de l’OTAN… Dans ce contexte multi-crises, la France s’apprête à présider en juin, à Évian, le 50ème sommet du G7, ce « directoire » mondial réunissant les dirigeants de sept pays parmi les plus grandes puissances.

Or, en ce début d’année électorale (municipales et sénatoriales; les présidentielles en ligne de mire), notre pays peine à masquer ses fragilités : absence de majorité politique depuis la dissolution de juin 2024, forte fragmentation sociale, faible croissance perfusée à la dépense publique, endettement record… Malgré l’adoption, laborieuse, du budget 2026, les faiblesses structurelles de l’économie française demeurent. Elles réduisent nos potentialités de développement et de prospérité.  Confronté à la colère paysanne attisée par la perspective de l’accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud,le Mercosur, le gouvernement doit désormais affronter la défiance du monde patronal déçu par les arbitrages budgétaires…

Un « budget de compromis » qui ne convainc pas les chefs d’entreprise

Crédit image : Julien Tromeur – Pixabay

Après des mois de tractations et le recours à l’article 49.3 par le premier ministre Sébastien Lecornu, la France s’est enfin doté d’un budget qualifié officiellement de « compromis ».

Pour échapper à la censure, le gouvernement a dû, on le sait, faire des concessions au groupe socialiste, en échange de son soutien. Comme par exemple, l’augmentation de la prime d’activité (une singularité française, tel un aveu que le travail ne paie pas !), la taxation des holdings, le report de la suppression de la CVAE (contribution sur la valeur ajoutée), la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises (320 groupes concernés) pour un montant de 7,3 milliards d’euros…

Pour faire passer la pilule et flatter la fibre patriotique des dirigeants, le gouvernement a lié cette recette additionnelle à l’augmentation nécessaire du budget de la Défense dans un contexte de fortes tensions internationales.

Au final, la réduction du déficit public est moins élevée que prévu : 5% de déficit programmé en 2026 au lieu des 4,7% précédemment envisagés par François Bayrou, qui fut sanctionné, lui, par un vote de défiance…

Mais en chiffre absolu, 5% du PIB cela représente tout de même 153 milliards d’euros (soit un tiers des recettes de l’État : quel ménage pourrait ainsi dépenser indéfiniment un tiers de plus qu’il ne gagne…? )

Un lien de confiance mis à mal

Le florilège de propositions de nouvelles taxes ciblant les entreprises et les patrimoines professionnels, émergeant des débats budgétaires,  a donné le sentiment aux dirigeants d’entreprise qu’ils étaient « la variable d’ajustement » d’une dérive incontrôlée des dépenses publiques que personne ne souhaitait endiguer.

Ainsi le lien de confiance entre le macronisme et  le monde patronal s’est fortement dégradé. Celui-ci s’était, dès 2016-2017, rallié au programme d’Emmanuel Macron, qui promettait une politique de l’offre, une baisse de la fiscalité pesant sur les entreprises et une « dé-bureaucratisation » du fonctionnement de l’État – directement inspirée du fameux rapport Attali sur la « libération de la croissance française », dont l’actuel président, alors jeune inspecteur des Finances, était le rapporteur général-adjoint.

Or, depuis le budget 2025, les chefs d’entreprise ont eu le sentiment d’être mis à contribution sans obtenir, en contrepartie, une réforme en profondeur du millefeuille administratif, ni de réelle simplification des procédures, ni de réduction significative de la dépense publique…

Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, avec Amélie de Montchalin, ministre de l’Action et des Comptes publics, lors des Universités d’été de l’Économie de demain. Amélie de Montchalin a déclaré sur Europe1 avoir appelé le président de la CPME pour l’assurer qu’il n’y aurait pas d’augmentation de la fiscalité sur les PME en 2026 – crédit photo : Consulendo 2025

Amir Reza-Tofighi, le président de la Confédération des PME (CPME), dans une interview à La Tribune Dimanche, s’émeut en particulier du recul sur la promesse de suppression de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), « un impôt absurde, dû par les entreprises, qu’elles gagnent ou qu’elles perdent de l’argent; un impôt qui pénalise directement l’investissement, la compétitivité et l’emploi local. » Face à la concurrence des importations en provenance de pays ne supportant pas les mêmes charges que nos entreprises tricolores, le président de la CPME pointe une contradiction entre l’exhortation gouvernementale à la ré-industrialisation et le maintien des obstacles tels que le  poids des charges et l’empilement des normes françaises.

 

« Trop c’est trop! »

Après une première tribune publiée en novembre dans l’hebdomadaire L’Express, un collectif de chefs d’entreprise, qui revendique aujourd’hui 2 000 membres, a récidivé le 1er février 2026 dans les colonnes de La Tribune Dimanche  pour exprimer « la colère de dirigeants qui se battent pour l’emploi, la production en France et qui ont le sentiment d’un immense gâchis… »

Dans cet article, les signataires* regrettent notamment que l’État n’ait pas tenu sa promesse de supprimer la CVAE : « C’était un engagement ferme, pourtant déjà reporté en 2025, puis en 2026. Les entreprises qui produisent en France supportent déjà près de 130 milliards d’euros de charges supplémentaires par an par rapport à la moyenne européenne. Maintenir la CVAE, c’est taxer le Made in France et envoyer un signal désastreux à ceux qui font le choix du territoire. » (…)
Le mouvement « Trop c’est trop » appelle le gouvernement d’aujourd’hui et les candidats de demain à cesser de considérer l’entreprise et les salariés comme une variable d’ajustement budgétaire. »

*Parmi les signataires, figurent notamment Virginie Calmels (CroissancePlus), Patrick Martin (Medef), Sophie de Menthon (Ethic), Amir Reza-Tofighi (CPME), et Philippe d’Ornano (METI).

 

Reculade sur les retraites. Jugeant que l’État ne fait pas suffisamment d’efforts pour réduire la dépense publique,  le patronat voit aussi dans la suspension de la réforme des retraites une reculade obérant le redressement de la compétitivité française et mettant en risque le financement du « modèle » social, auxquels les Français sont attachés…

Maurice Lévy, le président d’honneur de Publicis, dans une interview donnée à Influencia, s’insurge contre la suspension de la réforme des retraites : « C’est, à mes yeux, une décision irresponsable — presque criminelle — tant elle reporte sur les générations futures un problème que tout le monde connaît et refuse d’affronter. » 

 

Perspectives mitigées de l’économie française en 2026

 

Après + 0,9% d’augmentation du PIB (contre 1,1% en 2024), la croissance économique devrait atteindre un petit 1% en 2026, estiment les économistes qui se montrent prudents en raison d’un contexte national et international lourd d’incertitudes.

Rappelons que 2026 est pour la France une année doublement électorale, avec les municipales en mars et les sénatoriales en septembre. Pas besoin d’être devin pour dire que la campagne pour l’élection présidentielle de mai 2027, dans 15 mois, se lancera dès cette année…

Or, la composition « éclatée » de l’Assemblée nationale ne permettra aucune réforme structurelle d’envergure (on attend toujours la grande loi de simplification de l’économie…)

En 2026, le taux de croissance de l’économie française restera faible : 1% (L’Espagne pourrait faire deux fois mieux !), en ligne avec la croissance estimée de la Zone euro *  (voir en fin d’article), un niveau insuffisant par rapport à son potentiel et aux besoins collectifs à satisfaire.

Pour l’économiste Sylvain Bersinger, « la prévision moyenne de 1 % de croissance en 2026 part de l’hypothèse qu’il n’y aura pas de bouleversement majeur, positif comme négatif, au cours de l’année. Or, la probabilité d’une forte révision de la croissance à la baisse est plus élevée qu’une forte révision à la hausse. »

Une accumulation d’aléas fragilise la croissance : tensions géopolitiques (Ukraine, Iran, Moyen-Orient, Taiwan…); poursuite de la guerre commerciale avec les droits de douane US; risque d’éclatement de bulles spéculatives autour des crypto-actifs ou des valeurs High-tech…

En 2025, la consommation des ménages et l’investissement des entreprises n’ont progressé que faiblement, conséquence de l’instabilité politique et des tensions géopolitiques.

Un signe qui ne trompe pas : l’épargne de précaution des ménages est au plus haut.

La relance des industries de défense, en réaction aux tensions internationales, et le dynamisme du secteur aéronautique devraient contribuer à soutenir l’appareil productif.

crédit photo : Ronny Bittner – Pixabay

On sait que l’économie française est largement tributaire de la dépense publique (56%  du PIB!) et des transferts sociaux.

Mais ceci se fait au prix d’une envolée, non contenue, de la dette publique : à la fin du troisième trimestre 2025, l’endettement du pays approchait les 3 500 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB. Il pourrait atteindre le niveau record de 120 % du PIB  en 2027! Et le remboursement des seuls intérêts de cette dette va devenir le premier poste de dépenses budgétaires…

Parmi les autres signes d’inquiétude : la hausse du taux de chômage (+6,8% de progression sur un an) et celle du nombre des défaillances d’entreprises : 70 000 procédures collectives enregistrées en 2025, menaçant 260 000 emplois…

Pour Thierry Millon, directeur des études d’Altares, « 70 000 défaillances d’entreprises, c’est un niveau historique qui, au-delà d’une conjoncture difficile, peut questionner sur les faiblesses financières (capitaux insuffisants), logistiques (Supply Chain peu résiliente) ou structurelles (numérisation incomplète) de l’écosystème entrepreneurial français. »  Le cabinet Altares se montre plus optimiste pour 2026 : « Plusieurs signaux positifs émergent et laissent entrevoir – sans naïveté – une accalmie ». Cependant, pour Thierrys Millon, « malgré le regain de croissance économique attendu en 2026, les fragilités économiques et les contraintes règlementaires demeurent ».

 

Selon la CPME, « ces données traduisent une réalité sans appel : la fin de la politique de l’offre, concomitante aux ⁠incertitudes politiques et géopolitiques, gèle les décisions d’embauche, en particulier dans les PME et entraîne l’augmentation des faillites d’entreprises. »

Les entreprises « de proximité » sont à la peine…

L’Union des entreprises de proximité, U2P, déplore une troisième année consécutive de recul de l’activité des TPE indépendantes : « Les entreprises sans salarié sont les plus touchées (-2,6% de baisse du chiffre d’affaires), tandis que les entreprises de 1 à 5 salariés (-1,6%) et celles de plus de 5 salariés (-0,6%) limitent la baisse. Tous les secteurs représentés par l’U2P affichent une baisse de chiffre d’affaires au cours du 4ème trimestre, néanmoins on constate d’importantes disparités. Les entreprises de la fabrication et des services et celles de la construction enregistrent les reculs les plus marqués : respectivement -2,3 et -2,2% par rapport au même trimestre de l’année précédente ; -1,5% et -4% sur l’ensemble de l’année 2025. L’activité des entreprises de l’alimentation fléchit également (-1,6%). Quant aux professionnels libéraux, ils subissent une évolution baissière moins marquée que dans les autres secteurs (-0,6%). « 

 

Et que dire de la situation dramatique de la construction de logements ? Malgré une légère reprise en fin d’année, celle-ci est inférieure aux niveaux antérieurs. Avec 274 611 logements commencés en 2025, l’activité demeure inférieure de 21,3 % à la moyenne quinquennale. Alors qu’on estime les besoins à 500 000 logements neufs par an…

crédit photo : Pixabay

Des obstacles structurels à la croissance qui restent à lever

L’économie française est depuis une quinzaine d’années en deçà de son potentiel de développement et de prospérité.

Outre l’instabilité et la « fracturation » du paysage politique intérieur,  les freins structurels à la croissance française, parfaitement identifiés, demeurent : inadéquation entre la demande et l’offre d’emplois; insuffisance de l’investissement privé dans la R&D et l’innovation; faiblesse de la base industrielle; insuffisance d’actifs effectivement au travail; poids excessif des prélèvements fiscaux et sociaux; carcan bureaucratique et réglementaire…

Viser 2% de croissance par an!

Une étude de l’institut Rexecode, publiée en juin 2005, « Sortir l’économie française de l’enlisement par une réelle volonté de croissance », a très bien diagnostiqué nos faiblesses structurelles et identifié des pistes de redressement, afin de porter la croissance économique à un niveau de 2% par an.

Selon Rexecode, cette politique volontariste « permettrait de sortir l’économie française de l’enlisement, et faciliterait la réduction des trois déséquilibres : le déséquilibre entre les ressources et les besoins collectifs, le déséquilibre extérieur, et le déséquilibre entre les dépenses et les recettes publiques. »

Paupérisation

L’accumulation d’années de « sous-croissance » conduit à une paupérisation relative du pays, en termes de PIB/habitant, au sein même de l’Europe.

Ce que souligne l’économiste Antoine Foucher dans une tribune des Échos : si l’on compare la richesse créée par habitant (le PIB divisé par la population) avec nos voisins européens, la France se situe désormais en dessous du niveau moyen en Europe… Et le Royaume Uni, malgré le Brexit, se classe mieux que nous !

Dans une analyse sans complaisance publiée dans Le Figaro, Nicolas Baverez qualifie la France de  « l’Argentine de l’Europe ».

L’historien et essayiste souligne qu’en termes de PIB par habitant la France a régressé « au 34e rang mondial et est désormais inférieure de 7 % à la moyenne européenne, et ce pour la troisième année consécutive. Elle est en retrait de 25 % par rapport à celle du Danemark, de 20 % par rapport à celle de la Suède, de 15 % par rapport à celle de l’Allemagne,.. « 

Son diagnostic : « L’appauvrissement de la France est directement lié au modèle de la décroissance à crédit qui s’est installé depuis la fin des années 1990, fondé sur la compensation de l’attrition de la production et du travail par l’endettement favorisé par la protection de l’euro. En dépit d’un déficit structurel de 4,5 % du PIB, la croissance potentielle n’a cessé de diminuer et plafonne en dessous de 1 %. Elle n’est plus tirée que par la consommation, alimentée par les transferts sociaux (34 % du PIB), eux-mêmes financés par la dette publique. « 

Au nombre des causes identifiées de cette paupérisation ; quantité globale de travail insuffisante (trop peu d’actifs employés/population totale); déclin de la productivité; inadaptation et défaillances du système éducatif; découragement des initiatives productives par un carcan administratif, fiscal et réglementaire…

Cependant, pour Nicolas Baverez, il n’y a pas de fatalité au déclin : « La paupérisation de la France (…) est le produit de nos erreurs et de nos renoncements, qui culminent aujourd’hui avec l’immobilisme du pays quand l’histoire accélère et avec la déconnexion totale du système politique d’avec les réalités de la société, de l’économie et de la géopolitique. Elle ne peut être enrayée que par une thérapie de choc qui réoriente le modèle économique vers la production et redonne aux Français confiance en eux-mêmes… »

A n’en pas douter, ces constats alarmants et l’ampleur des défis à relever pour notre pays dans un monde en effervescence, devraient alimenter nos débats publics cette année.

Nous aurons l’occasion d’y revenir sur Consulendo!

J.G.

 

crédit illustration : Janeb13 – Pixabay

* Perspectives de croissance en 2026 dans le monde selon le FMI
L’institution de Washington a relevé, en janvier, ses prévisions de croissance de l’économie mondiale en 2026, par rapport à ses précédentes projections d’octobre 2025 :  la production de richesse dans le monde devrait atteindre 3,3 % en 2026 (en ligne avec le niveau de 2025) et 3,2 % en 2027.
Le FMI renforce ses prévisions de + 0,3% pour la croissance économique aux Etats-Unis, plus vigoureuse que prévue, avec 2,4 % en 2026, « soutenue par la politique budgétaire et par la baisse du taux directeur, parallèlement à la dissipation des effets de l’accroissement des barrières commerciales. »
Pour le FMI, les tensions commerciales qui pèsent sur la croissance mondiale seraient « compensées par
des vents favorables générés par les investissements liés aux nouvelles technologies, comme l’intelligence
artificielle (IA), et ce, plus en Amérique du Nord et en Asie que dans d’autres régions… »
Comparée au dynamisme des Etats-Unis, la Zone euro réalisera une croissance deux fois moins forte, avec un taux de 1,3% en 2026 et de 1,4 % en 2027: 
« La légère accélération de la croissance en Europe en 2027 tient à l’augmentation attendue des dépenses publiques, notamment en Allemagne, et par les bons résultats que continuent d’afficher l’Espagne et l’Irlande. (…)  La zone euro bénéficie moins du récent essor de l’investissement tiré par le secteur technologique que d’autres régions. Les conséquences durables du renchérissement continu de l’énergie depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie continueront de peser sur l’industrie manufacturière, d’autant plus que l’euro s’apprécie en termes réels face aux monnaies des pays qui exportent des produits similaires. (…)
L’Inde et la Chine continueront à tirer la croissance mondiale. Et l’Afrique aussi…
« La croissance de la Chine pour 2025 a été portée à 5,0 % (en raison des)  mesures de relance et des prêts bancaires supplémentaires à l’appui de réformes pour soutenir l’investissement. Les projections de croissance pour 2026 ont aussi été relevées et atteignent maintenant 4,5 % (soit une hausse de 0,3 point de pourcentage), du fait de la baisse des droits de douane effectifs américains sur les biens chinois dans le cadre de la trêve d’un an convenue en novembre et des mesures de stimulation de l’économie » (…)
« En Inde, la croissance a été révisée à la hausse de 0,7 point de pourcentage, à 7,3 % en 2025 en raison de meilleurs résultats qu’anticipé au troisième trimestre et de la forte dynamique enregistrée au quatrième trimestre. La croissance devrait ralentir à 6,4 % en 2026 et en 2027, à mesure que les facteurs cycliques et temporaires se dissipent. » (…)
« La croissance devrait aussi accélérer en Afrique subsaharienne, passant de 4,4 % en 2025 à 4,6 % en 2026 et en 2027, tirée par la stabilisation macroéconomique et les mesures de réforme dans plusieurs des principales puissances économiques. » (Source : FMI 2026)