Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, un rendez-vous politique qui sera observé de près. Ce vote prend place dans un pays fracturé, où les affrontements idéologiques se sont radicalisés, où la violence n’est pas que verbale, où la défiance à l’égard des dirigeants politiques est au plus haut, et ce, dans une conjoncture économique tendue, dans un contexte international lourd de menaces et d’incertitudes… Cependant, le maire et le conseil municipal bénéficient d’un bon capital de confiance auprès des citoyens. Pour les entreprises ancrées dans les territoires, pour les commerçants, les artisans, les professions libérales, ces élus de proximité sont des interlocuteurs accessibles. Dans le cadre de ces Municipales 2026, les organisations patronales expriment des attentes fortes auprès des futurs édiles : fiscalité, urbanisme, accessibilité, attractivité, sécurité… Des sujets qui pèseront assurément dans le scrutin de mars.

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La démocratie de proximité en action
Le maire est l’élu auquel les Français font le plus confiance.
A travers le maire et les élus du conseil municipal, c’est la démocratie de proximité qu’apprécient les citoyens.
Ne dit-on pas familièrement à propos du maire qu’il est « à portée d’engueulade » de l’électeur ?!
Alors que la société se complexifie, que la bureaucratie étend son emprise sur les actes de la vie quotidienne, alors que les choix qui engagent l’avenir du pays semblent se décider « en haut lieu », le terrain, la « proxémie » sont des valeurs sûres et rassurantes.
Le dernier baromètre annuel du Centre de recherches sur la vie politique, Cevipof, qui mesure la confiance des Français dans la politique fait ressortir un niveau record, et inquiétant, de défiance à l’égard des dirigeants et institutions politiques.
Néanmoins, le maire et le conseil municipal y recueillent le score de confiance le plus élevé (60% et 58% respectivement), à comparer aux maigres 20% de confiance accordée à l’Assemblée nationale et aux 34% recueillis par le député…
Demande générale de décentralisation. Au niveau local se conjuguent au quotidien proximité et efficacité, souligne Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS, dans ses commentaires sur l’enquête du Cevipof : « Le regard des Français se porte désormais sur le local, où se conjuguent la proximité et l’efficacité au quotidien loin des palabres sans effet concret. C’est ainsi que 79% d’entre eux estiment qu’il faudrait donner plus de pouvoir aux collectivités locales face à l’État. Cette moyenne ne varie ni en fonction du niveau de diplôme ni de la catégorie socioprofessionnelle, ni même du vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. On est donc en présence d’une demande générale. «

source : Vie Publique et INSEE
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 se dérouleront dans près de 35 000 communes
904 042 candidats ont été recensés par le ministère de l’Intérieur; ils sont répartis entre 50 478 listes, dont :
891 845 candidats et 50 105 listes pour le scrutin municipal de droit commun ;
7 321 candidats et 234 listes au renouvellement des Conseils d’arrondissements de Paris, Lyon et Marseille;
4 876 candidats et 139 listes pour le scrutin municipal en Polynésie Française.
L’économie de proximité plébiscitée par les Français
Si les Français se montrent attachés à la démocratie locale, le baromètre Cevipof montre aussi qu’ils plébiscitent l’économie de proximité : les artisans recueillent un taux de confiance de 84%, les PME un taux de 80%, les agriculteurs de 78% … à comparer aux 15% de confiance accordée aux partis politiques et les 29% aux médias !
Pour un entrepreneur, notamment les 95% d’entreprises à taille humaine, enracinées dans un territoire, le maire est souvent le premier interlocuteur politique. Celui que l’on peut rencontrer facilement, celui qu’on sollicite, celui auquel on fait part de ses projets ou de ses doléances…
Deux-tiers des dirigeants de TPE (très petites entreprises) résident dans la commune où leur entreprise est implantée, témoignant ainsi d’un ancrage territorial fort. Selon le dernier baromètre TPE Fiducial/IFOP, 61% de ces dirigeants se disent satisfaits de l’action du maire sortant et plus globalement de l’équipe municipale dans leur commune d’implantation : en matière de développement économique, d’offre de services, de qualité de vie… Et les sondés déclarent entretenir de bonnes relations avec ces élus de terrain.
*Sondage réalisé par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 1 016 dirigeants de TPE de 0 à 19 salariés, incluant les auto-entrepreneurs, entre le 8 décembre 2025 et le 2 janvier 2026.
Plus la commune est petite, et plus le travail accompli par la municipalité est apprécié : les entrepreneurs implantés dans des communes rurales (moins de 2 000 habitants) sont notamment plus nombreux à manifester leur satisfaction à l’égard de l’évolution de la commune (72 % en commune rurale contre 62 % en moyenne générale) comme à l’égard du maire et de l’équipe municipale actuelle.
Des attentes fortes en matière de fiscalité et de sécurité
Pour autant une majorité de dirigeants de TPE souhaitent que leurs attentes et préoccupations soient mieux prises en compte par les élus locaux. Principales sources d’insatisfaction : le niveau des impôts locaux supportés par les entreprises (56 % ), une promotion insuffisante des entreprises (47 % ), les difficultés de stationnement (37 %)…
Quant aux enjeux déterminants du vote aux élections municipales de 2026, les TPE répondent en premier la fiscalité et les impôts locaux (44 %), suivi par la sécurité des biens et des personnes. Cette attente passe désormais devant des sujets comme l’emploi et le développement économique local, précise le baromètre Fiducial…
# Le poids excessif de la fiscalité locale est aussi pointé du doigt par le Syndicat des indépendants (SDI) dans son enquête de février 2026 auprès de 790 professionnels : 80% des sondés estiment le niveau des taxes locales incompatible avec la rentabilité de leur entreprise… Dans un contexte où les indépendants ont vu leurs marges bénéficiaires se réduire ces dernières années, les hausses constatées dans les taxes foncières et la CFE (cotisation foncières des entreprises) sont jugées pénalisantes.
Les fédérations professionnelles interpellent les futurs maires
Ces élections municipales sont suivies de près par les organisations professionnelles et patronales, au premier rang desquelles la CPME et le Medef, qui ont élaboré des listes de propositions détaillées à l’intention des futurs élus.
Déclencher le « réflexe PME »
La Confédération des PME incite les élus locaux à adopter le « réflexe PME » : il s’agit d’engager « une concertation systématique » avec les chefs d’entreprises du territoire avant toute décision à caractère économique.
A partir d’une consultation lancée en décembre 2025 qui a recueilli quelque 2 500 contributions, la CPME a élaboré 91 propositions, et parmi celles-ci :
- mettre en place une concertation systématique en amont et pendant toute la durée du mandat municipal, pour toute décision susceptible d’impacter les entreprises, afin de renforcer l’attractivité du territoire et la vitalité du centre-ville.
- Faire de l’achat public un levier de croissance des entreprises du territoire, en généralisant l’allotissement et en systématisant la pratique du « sourcing » lors de la rédaction du cahier des charges, pour ouvrir réellement la commande publique aux TPE-PME.
- Accompagner les transitions écologique et numérique et des PME : en accélérant le déploiement du très haut débit et de la 5G; par la concertation entre les entreprises et la collectivité locale afin d’identifier les usages utiles de l’intelligence artificielle pour l’intercommunalité.
Ces propositions s’accompagnent d’une charte d’engagements proposée à la signature des candidats dans toute la France par le réseau des CPME territoriales. Au nombre de ceux-ci, désigner au sein de la mairie ou de l’intercommunalité un « référent entreprises » chargé de simplifier et d’accélérer les démarches des PME et TPE ( dossiers d’urbanisme, terrasses commerçantes, occupation du domaine public, etc.)

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L’avenir des commerces de centre-ville en question
Deux-tiers des communes n’ont plus de commerces de centre-ville!
Rappelons que de nombreuse municipalités se sont dotés de « managers de centre-ville » comme interlocuteurs spécifiques des commerçants et réseaux d’enseigne, afin de faciliter leur installation et de renforcer l’attractivité de la cité.
A cet égard, la CPME demande aux élus de s’engager à faciliter l’accessibilité des centres villes pour les clients, les salariés et les livreurs (politique foncière, réhabilitation des locaux vacants, offres de stationnement, transports adaptés, accès aux livraisons garanti…)

Véronique Discours-Buhot, Déléguée générale de la FFF – crédit photo : Stéphane Laure
Vacance commerciale au cœur des villes
« Les loyers commerciaux sont déconnectés de la réalité économique, souligne Véronique Discours-Buhot, Déléguée générale de la Fédération française de la franchise (FFF).
« D’un côté, des charges (énergie, salaires) qui explosent et des loyers trop souvent dé-corrélés de la réelle valeur locative, et qui ne reflètent plus la capacité des commerces : des chiffres d’affaires qui stagnent, des marges qui régressent et une quasi-impossibilité de réviser les loyers, la vacance commerciale s’installe durablement…
« Le droit des baux commerciaux, hérité de 1959, ne correspond plus à des cycles économiques désormais beaucoup plus courts et doit gagner en agilité…
« Rappelons les fondamentaux : le commerce a besoin de flux de clientèle pour s’implanter et durer. Or, l’accessibilité des centres villes est aujourd’hui fragilisée. La volonté de créer des centres plus verts et durables est légitime, mais la fermeture des accès automobiles, combinée à une population vieillissante et à des parkings coûteux, détourne les clients vers les périphéries ou le e-commerce.
« Le rôle du maire doit aussi évoluer vers celui d’un véritable animateur de centre-ville : créer du dialogue entre bailleurs et commerçants, faciliter les baux précaires, réfléchir au centre-ville comme un directeur merchandising en pensant flux, points chauds, intégration des services de proximité… »
> L’appel d’une vingtaine d’organisations professionnelles du commerce :
La Fédération française de la franchise est cosignataire de l’appel lancé le 10 mars par le Conseil du Commerce de France (CdCF) aux futurs maires à « préserver et dynamiser les commerces dans leur territoire » : « Face aux évolutions des modes de consommation et aux transformations urbaines », les organisations professionnelles signataires considèrent l’engagement des collectivités locales aux côtés des commerçants « essentiel » pour préserver la dynamique des commerces de proximité, qui « contribuent au lien social, à l’emploi local et à l’attractivité des territoires. » Le CdCF propose aux futurs maires de les accompagner dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un « Plan Commerce 2032 », visant à structurer une politique d’aménagement territorial en faveur du développement du commerce.
Medef : Commande publique, aménagement, fiscalité, sont des leviers d’attractivité économique

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« Les maires ont des leviers puissants comme la commande publique pour soutenir les entreprises locales »…
Le Medef fait aussi entendre sa voix dans le débat municipal : le réseau territorial du mouvement patronal s’est activé pour rencontrer les maires, les candidats et plaider auprès d’eux la cause entrepreneuriale.
« Ces élections municipales, souligne le Medef, conditionnent directement l’environnement dans lequel nos entreprises investissent, innovent et créent de l’emploi. »
Pour Patrick Martin, président du mouvement patronal, à la tête d’une ETI familiale du BTP en Rhône-Alpes, le maire est le « premier développeur économique de son territoire »: « Fiscalité locale, urbanisme, mobilité, logement, sécurité du quotidien, commande publique sont autant de leviers à la main des maires qui ont une incidence décisive sur la compétitivité, la conduite de nouveaux projets, tout comme l’attractivité et la fidélisation des salariés dans leur commune. Notre territoire compte nombre de réussites locales spectaculaires, notamment de ré-industrialisation : ces réussites sont le fruit d’une compréhension des logiques économiques et d’une intelligence collective, associant l’entreprise… »
Dans un point de vue publié par La Tribune Dimanche, Patrick Martin appelle les maires à faire de l’entreprise un « partenaire stratégique » pour que « les projets sortent de terre », que « les emplois suivent » et que « le territoire gagne en dynamisme »…
A cet effet, fait valoir le président du Medef, « les maires ont des leviers puissants »: tels que la commande publique « pour soutenir les filières locales »; les politiques de mobilité « pour faciliter l’accès aux bassins d’emploi », et de logement pour « répondre aux besoins des salariés »; la politique d’aménagement pour permettre l’implantation d’activités productives »…
Le Medef a lui aussi élaboré une série de propositions à destination des futurs élus locaux, dans trois domaines : la fiscalité locale; les politiques de logement et de mobilité; la sécurité des personnes et des biens.
La sécurité, une demande prioritaire des entreprises de proximité.
De même qu’au plan national, la demande sécurité est la première préoccupation exprimée par les Français à l’intention des élus et des responsables politiques, ce sujet figure aussi en haut de l’agenda des entrepreneurs de proximité, notamment après des années de troubles, manifestations et saccages de devantures et locaux professionnels par des minorités radicales et violentes:
« La sécurité est une priorité croissante pour les entreprises, écrit le Medef dans son document de propositions, en particulier dans les grandes agglomérations et les zones à forte densité. Incivilités, dégradations, tensions dans les transports ou aux abords des commerces dégradent les conditions de vie, nuisent à l’attractivité économique et à la confiance des salariés et clients… »
Une fiscalité locale plus lourde que dans les autres pays européens…
La fiscalité locale est un sujet particulièrement sensible pour les dirigeants d’entreprise, alors que le gouvernement Lecornu a renoncé à la suppression de la CVAE, qui était une promesse très attendue…
Le Medef pointe la hausse de la fiscalité locale supportée par les entreprises : +9,5 % entre 2021 et 2023, pour atteindre le montant de 38,2 milliards d’euros en 2023 (notamment du fait de l’augmentation des bases foncières et des taux votés localement : +11 % pour la TFPB (taxe sur les propriétés bâties) et la TASCOM (taxe sur les surfaces commerciales); +9 % pour la TEOM (taxe pour l’enlèvement des ordures ménagères); +8 % pour la cotisation foncière des entreprises (CFE). Quant au versement mobilité (VM), il a a progressé de +50,7 % entre 2014 et 2023, soit plus que la masse salariale (+35,9 %)…
Le Medef rappelle que la France est désavantagée par rapport à ses principaux concurrents européens, à cause du niveau de ses taxes locales et impôts de production qui pèsent sur les entreprises avant le premier euro de chiffre d’affaires (3,8 % du PIB contre 2,5 % en moyenne dans l’Union européenne).
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L’appel de Bernard Cohen-Hadad * :

Bernard Cohen-Hadad, à Paris, à l’occasion d’une rencontre avec l’AJPME (crédit photo : Laure Bergala)
« Faisons des entreprises les alliées d’une écologie de progrès! »
« Au prétexte de verdir la ville, certaines municipalités ont organisé la mise à mort de l’économie de proximité et la décroissance de leur tissu commercial. Le concept de « ville du quart d’heure », séduisant sur le papier, s’est traduit par une guerre de tranchées contre l’accessibilité aux centres villes…
En voulant bouter la voiture hors des centres-villes sans offrir d’alternatives de mobilité suffisamment matures et connectées, on a érigé des frontières invisibles et encouragé le développement des plates-formes du e-commerce. Un comble !
Résultat ? Une baisse de fréquentation pour nos commerces de proximité, qui voient leur clientèle périphérique se détourner vers les centres commerciaux de banlieue ou les géants du e-commerce et plébisciter des produits manufacturés qui viennent de l’autre bout du monde.
À cette asphyxie logistique s’ajoute la désorganisation des villes et la pression fiscale insoutenable. Avec des Plan Locaux d’Urbanismes (PLU) non concertés et la flambée de la taxe foncière, justifiée par l’urgence climatique ou une gestion de la dette hasardeuse, on a frappé de plein fouet des entreprises déjà fragilisées. Une ville qui asphyxie ses créateurs de richesse, ses commerces indépendants, est une ville qui se meurt.
Substituons l’incitation à la punition. Plutôt que de taxer, accompagnons financièrement les commerçants dans la rénovation énergétique de leurs locaux, le verdissement de leurs flottes et le traitement de leurs déchets. Deuxièmement, repensons la logistique urbaine. La ville a besoin de flux et d’inter-modalité. Au lieu de supprimer les aires de livraison, innovons en mutualisant les espaces et en favorisant la mixité temporelle : livraison le matin, stationnement résidentiel le soir. Troisièmement, utilisons la commande publique comme levier. L’intégration de critères RSE favorise naturellement les entreprises locales vertueuses et les circuits courts. Enfin, restaurons la démocratie économique. Aucun plan de circulation ne devra être modifié sans une étude d’impact économique préalable. »
* Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris, préside le Tink-tank Etienne-Marcel. Il est l’auteur de « L’avenir appartient aux PME »(Dunod).
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>>> Un maire, des commerçants : L’ AJPME, association de journalistes spécialisés PME-Entrepreneuriat, a organisé une table ronde le 5 mars sur le thème « Ce que les commerçants attendent des maires ». Accessibilité, aménagement, foncier commercial, dialogue avec les élus, logement … Ces sujets ont été abordés lors des échanges avec Bertrand Ollivier, maire de Joinville (dans la Haute-Marne), Loïc Rousse, gérant d’un magasin Culinarion à Orléans, Olivier Urrutia, président de FCA, la Fédération du commerce coopératif et associé (qui représente 52 000 points de vente sous forme coopérative), et Alexandre Salaün, fondateur de Comm’une Opportunité, plateforme de mise en relation entre collectivités et porteurs de projets en commerce.