Les entreprises françaises piégées dans le financement d’un « modèle social » XXL

L’économie française est entrée en « stagflation ». Tous les indicateurs sont au rouge. Les causes de l’anémie sont antérieures au déclenchement de la guerre dans le Golfe arabo-persique. Ce nouveau choc international a amplifié les fragilités de l’économie française. Les marges de manœuvre du gouvernement sont très réduites en raison de l’état dégradé des finances publiques et du surendettement du pays. De leur côté, les entrepreneurs montent au créneau, refusant d’être la « variable d’ajustement des déséquilibres budgétaires ». C’est sur les entreprises que repose le financement d’un « modèle social » devenu insoutenable. La réforme d’un État-providence à bout de souffle, trop longtemps repoussée, devient vitale!

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Ralentissement de l’activité, de la consommation et de l’investissement ont abouti à une croissance nulle au premier trimestre de cette année, constatée par l’Institut national de la statistique, l’Insee,

Cependant l’essoufflement de l’économie française est antérieur au déclenchement de la guerre dans le Golfe arabo-persique.

Mais la persistance du conflit au Moyen-Orient ajoutée aux fortes incertitudes géopolitiques, plombent le moral des ménages et des entrepreneurs.

L’Insee indique que le climat des affaires s’est « assombri nettement » en avril,  et la confiance des ménages s’est « dégradée fortement », marquant sa plus forte baisse depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

L’activité économique se contracte, le climat des affaires se dégrade

Le quotidien Les Echos, citant l’enquête préliminaire PMI S&P Global et HCOB pour la France, retient que « l’activité économique du secteur privé s’est contractée en mai à son rythme le plus rapide depuis cinq ans et demi »...

Le dernier sondage OpinionWay réalisée début mai 2026 pour le réseau des chambres de commerce et d’industrie, CCIFrance, confirme ce contexte morose  : en « chute de 7 points en un mois, l’indicateur de confiance des chefs d’entreprise retrouve un niveau équivalent à celui de l’année 2020 au plus fort de la crise du Covid. Les incertitudes sur l’issue du conflit au Moyen-Orient, couplées aux conséquences économiques (hausse des prix de l’énergie, hausse des coûts, reprise de l’inflation, crainte de ralentissement de l’activité…) pèsent sur le moral des dirigeants d’entreprise. »

L’embellie de l’économie française, au sortir de la crise sanitaire de Covid19, aura été de courte durée, sabrée par la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix de l’énergie, le retour de l’inflation, les menaces de guerre commerciale du président Trump, l’instabilité politique intérieure depuis la dissolution de 2024, l’embrasement du Moyen-Orient…

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Le blocage du détroit d’Ormuz et les dommages subis par les infrastructures pétrochimiques dans les pays du Golfe ont déclenché un nouveau choc énergétique et économique révélant la dépendance des grandes régions du monde aux échanges internationaux.

Cette crise à mis à nu les vulnérabilités économiques de l’Europe et de la France.

Déjà fragilisé, le tissu des entreprises françaises, notamment PME, TPE, a du mal à encaisser l’uppercut.

Avec le regain de l’inflation et le reflux de la consommation, les entreprises reportent leurs décisions d’investissement et d’embauche.

Le chômage (officiel) a repassé la barre des 8% de la population active, retrouvant son plus haut niveau depuis cinq ans.

L’emploi salarié privé a reculé pour le cinquième trimestre consécutif.

L’objectif d’atteindre le plein-emploi fixé par Emmanuel Macron avant la fin de son mandat s’éloigne.

Au premier trimestre 2026, près de 19 000 entreprises ont été défaillantes, en hausse de 4,3% par rapport à l’an dernier. Après 70 000 dépôts de bilan en 2025.

Impact de la guerre du Golfe

Selon la dernière enquête CPME nationale auprès de 2 350 dirigeants, 78 % déclarent être directement impactés par la crise au Moyen-Orient.

45 % des entrepreneurs interrogés constatent une dégradation de la situation globale de leur entreprise, 38% jugent leur trésorerie tendue ou critique, dont 11 % dans une situation où la survie de l’entreprise est menacée à court terme…

« Cette fragilité est d’autant plus préoccupante que l’accès au financement est jugé difficile par une majorité des entreprises ayant eu recours à un crédit de trésorerie au cours des douze derniers mois« , souligne la CPME.

57 % des dirigeants de PME ne répercutent pas, n’envisagent pas ou ne pourront pas répercuter les hausses de coûts sur leurs prix de vente…

« Les perspectives ne laissent pas entrevoir d’amélioration rapide, estime la CPME : les anticipations pour le second semestre restent très dégradées, dans un contexte de marges comprimées, de trésoreries fragilisées et d’incertitude persistante. »

La hausse des carburants représente un choc supplémentaire pour de nombreuses entreprises : « Pour beaucoup de TPE-PME, ce sont des coûts immédiats qui viennent rogner des marges déjà extrêmement fragiles. »

Les fédérations d’employeurs interpellent le gouvernement

Dans cette conjoncture dégradée, un nouveau sujet de discorde oppose les employeurs au gouvernement : l’augmentation conventionnelle du SMIC au 1er juin de 2,4%, conséquence de l’inflation, est assortie, par le gouvernement, du gel de l’allègement des charges patronales sur les bas salaires (soit une économie de 2 milliards d’euros pour des finances publiques particulièrement dégradées).

Effet de ciseaux. Ceci va mécaniquement renchérir le coût du travail pour les entreprises, notamment dans les secteurs à forte intensité de main d’œuvre, tels que la propreté, la restauration, la sécurité, les services à la personne, le commerce et la distribution…

Refusant « d’être la variable d’ajustement des déséquilibres budgétaires », ils expriment leur désaccord sur ce gel dans un courrier adressé au Premier ministre le15 mai et cosigné parles présidents du Medef, de la CPME, de l’U2P, de la FNSEA et de l’Udes.

« Double peine »

Les représentants des employeurs privés et associatifs interpellent le gouvernement : «  Il y aurait une double peine pour les entreprises et donc pour l’emploi, à savoir payer des salaires plus élevés et des cotisations patronales en hausse. Au vu de la conjoncture ce n’est pas le bon moment pour prendre de telles décisions. », écrivent les signataires du courrier au Premier ministre.

« Alourdir le coût du travail reviendrait à fragiliser encore davantage les conditions de la croissance, de la souveraineté et de l’emploi. Le redressement des finances publiques est une nécessité. Mais il ne peut se faire en frappant le travail, la production et la création de valeur  », ajoutent les signataires.

La Fédération française de la franchise s’associe à cet appel en faisant valoir ; « Nos entrepreneurs ne peuvent pas répercuter un surcoût en claquant des doigts (…)  L’ensemble des commerces et des services sont ultra-exposés (car ce) sont des secteurs où la masse salariale pèse très lourd et où l’emploi est le plus sensible au coût du travail (…) Les réseaux franchisés sont souvent les derniers à maintenir une offre commerciale et de services dans les zones fragilisées… »

Pour sa part, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, le METI, fait valoir que les entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui emploient un quart des salariés du secteur privé et près de 40 % des salariés de l’industrie, souffrent déjà du « coût du travail qualifié le plus élevé de toute l’Union européenne. » 

Amir Reza-Tofighi, président de la CPME crédit photo : Consulendo 2025

« Quand les coûts explosent et que les marges disparaissent, c’est l’investissement, l’emploi et parfois la survie même de l’entreprise qui sont en jeu » – Amir Reza-Tofighi, président de la CPME

 

Pour la CPME, « toute hausse supplémentaire du coût du travail aura des conséquences directes sur l’activité, l’investissement et l’emploi. Elle pèsera également sur le pouvoir d’achat : si les entreprises ne peuvent pas absorber cette hausse, elles ne pourront pas non plus répondre aux demandes des salariés dont les rémunérations se situent juste au-dessus du SMIC. »

« Quand les coûts explosent et que les marges disparaissent, c’est l’investissement, l’emploi et parfois la survie même de l’entreprise qui sont en jeu »,  réagit Amir Reza-Tofighi, le président de la CPME. « À la fin, ce sont aussi les salariés qui paieront la facture, car les négociations salariales tiendront nécessairement compte de ce que l’État prélève en plus… La crise ne peut pas être financée sur le dos du travail et des entreprises. »

La CPME demande que le gel des allègements de charges « soit temporaire et fasse l’objet d’une clause de revoyure »La Confédération des PME appelle de ses vœux « des mesures rapides, ciblées et immédiatement mobilisables ». Comme « le report ou l’étalement des charges fiscales et sociales pour les entreprises les plus fragilisées, le soutien à l’investissement… »

 

crédit illustration : Clker free vector images – Pixabay

Une prime carburant jusqu’à 600 euros … à la charge des entreprises !

Parmi les mesures annoncées le 21 mai par le Premier ministre Sébastien Lecornu, afin de soulager les actifs « grands rouleurs », le chef du gouvernement s’est tourné vers les entreprises, les incitant à proposer à leurs salariés une « prime carburant » pouvant aller jusqu’à 600 euros, exonérée de toute charge sociale et fiscale.
Ce « geste » du gouvernement peut s’analyser comme une mise à contribution des entreprises, à un moment où beaucoup d’entre elles, notamment les plus petites connaissent des difficultés de trésorerie…
Le Syndicat des indépendants, SDI, estime cette mesure « inadaptée à la réalité économique des TPE » : « Les grandes entreprises pourront peut-être l’assumer, mais une immense partie des TPE et des indépendants n’en auront pas les moyens. On demande encore aux plus petites structures de compenser seules une hausse des coûts qu’elles subissent déjà de plein fouet. »

crédit illustration : Mohamed Hassan – Pixabay

La charge écrasante du « modèle social » à financer

 

Si les tensions entre les pouvoirs publics et les entreprises privées s’accroissent depuis quelque temps c’est que celles-ci ont le sentiment de porter sur leurs épaules l’essentiel du financement d’un « modèle » social de plus en plus coûteux, alors que l’État, du fait de son endettement et de ses déficits, n’a plus les moyens de sa prodigalité, et ne dispose plus de marges de manœuvre budgétaires.

Dans une interview au magazine L’Express, l’économiste et ancien banquier Jean Peyrelevade *, ex-collaborateur de Pierre Mauroy à Matignon, s’inquiète du déclin productif de notre pays et de sa régression en termes de PIB par habitant.

Dans cette interview, il souligne l’hypertrophie de la dépense publique en France comparée à la moyenne dans l’Union européenne, essentiellement due au poids des transferts sociaux (Sécurité sociale et retraites).

6 points de PIB en plus!

Or pour financer notre « modèle social », Jean Peyrelevade pointe le fait que « les prélèvements sociaux et fiscaux sur nos entreprises sont supérieurs de 6 points de PIB à la moyenne européenne » (soit 180 milliards d’euros – NDLR)

* Après son essai « Réformer la France », Jean Peyrelevade vient de publier « La France du populisme au chaos » (chez Odile Jacob)

François Villeroy de Galhau (Le gouverneur de la Banque de France qui vient de quitter ses fonctions) estimait quant à lui, en septembre 2024, le surcoût de notre « modèle social » par rapport aux autres pays européens à 10 points de PIB, soit près de 300 milliards d’euros de dépenses annuelles !

L’élaboration des budgets 2025et 2026 a accru le ressentiment dans les milieux d’affaires.

Comme le pointe dans sa chronique hebdomadaire au Figaro l’historien et avocat Nicolas Baverez :

« Les entreprises ont supporté l’essentiel de l’alourdissement de la fiscalité, notamment via la surtaxe sur les grandes entreprises, qui a rapporté 7,5 milliards. Le budget pour 2026 a amplifié le matraquage en prévoyant 20 milliards de nouvelles hausses d’impôts, couplées à une nouvelle accélération des dépenses sociales découlant de la suspension de la réforme des retraites (…) Les budgets pour 2025 et 2026 ont ainsi poussé à ses limites le modèle français qui consiste pour l’État à cannibaliser le secteur privé pour financer l’explosion des dépenses sociales. « 

L’État-providence à la française, conçu à une époque de plein emploi, de dynamisme démographique et de faible ouverture des frontières à la concurrence internationale, n’est plus soutenable!

Patrick Martin, le président du Medef, lors de la REF 2025 – crédit photo : Consulendo

Dans un long entretien au Figaro le président du Medef, Patrick Martin, interpelle les pouvoirs publics et les partenaires sociaux sur les limites à faire peser l’essentiel du financement de la politique sociale sur les entreprises et le travail. Cette surcharge s’illustre notamment entre l’écart croissant dans notre pays entre le salaire brut (avec charges sociales salariales et patronales cumulées) et le salaire net.

Pour Patrick Martin, « Cela nourrit un sentiment très profond dans le pays : celui que le travail paie moins, que l’effort n’est plus suffisamment récompensé… »

Parmi les correctifs évoqués par le président de l’organisation patronale pour réduire la ponction sur les entreprises et les salariés, sont cités une augmentation ciblée de la TVA (soit un gain de recettes de 18 milliards d’euros), l’accroissement des prélèvements sur les retraités les plus aisés (+ 6,4 milliards d’euros) et aussi l’introduction d’une dose de capitalisation dans le financement des retraites.

Tout ceci devrait alimenter les prochaines discussions entre partenaires sociaux…

En tout cas,  il faut souhaiter que l’indispensable réforme de notre « cher modèle social », trop longtemps repoussée – par facilité – par les gouvernements successifs,  soit au cœur du débat présidentiel.

J.G.

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