IA (III) : Les appels se multiplient pour encadrer le développement effréné de l’intelligence artificielle

Les mises en garde sur les dégâts d’une intelligence artificielle « hors de contrôle » se multiplient. Cette fois l’alerte vient du cœur du réacteur : acteurs et dirigeants des grandes firmes High-Tech américaines. Après la pétition signée cet été par quelque 1 300 chercheurs et ingénieurs du secteur, réclamant une régulation internationale, c’est au tour du PDG d’Anthropic, Dario Amodei, et de l’ex-patron de Microsoft, Bill Gates, de prôner un encadrement du développement de l’IA, et d’appeler à une concertation mondiale. Les débats actuels interviennent sur fond de compétition technologique acharnée entre les États-Unis et la Chine. En clair, on ne peut plus assimiler l’intelligence artificielle à une technologie comme une autre, elle est un levier géostratégique de puissance et de domination.  3ème volet de notre série d’articles sur l’A.

Crédit illustration : Denflinkegrafiker – Pixabay (image réalisée avec une IA)

 

     Début septembre, un jeune chercheur de la société Anthropic, Jacob Coxon (qui avait travaillé auparavant sur ChatGPT au sein de la firme concurrente OpenAI) a démissionné avec fracas en dénonçant les avancées potentiellement incontrôlables des technologies de l’IA.

Dans une série de posts sur X (ex-Twitter), ce chercheur de nationalité britannique dénonce l’attitude « irresponsable » des grands opérateurs d’IA,  et leur reproche de « foncer tout droit vers une super-intelligence capable de s’améliorer elle-même et de jouer avec nos vies (…) Il  s’agira bientôt de systèmes surhumains capables de pirater n’importe quel système (…) Les concepteurs de l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici à la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup marketing… »

Cette redoutable menace semble faire écho à la prédiction apocalyptique « AI 2027 » élaborée en 2025 par Damiel Kokotajlo, un ancien collaborateur d’OpenAI…

Posts de Jacob Coxon sur X (ex-Twitter) le 9 septembre 2026 – Capture d’écran – source L’ADN

Des systèmes « surhumains » en libre service

L’alerte du chercheur britannique a été largement relayée par les médias et les réseaux sociaux…

La revue L’ADN qui reproduit les post de Jacob Coxon (ci-contre), rappelle que cette alerte n’est pas sans fondements concrets : une série d’incidents récents * ont eu lieu lors d’entraînement des IA.  Et d’en conclure : « Ils montrent que des agents (IA) peuvent coordonner des actions complexes, contourner les règles et coloniser un environnement qu’ils n’étaient pas censés contrôler. Cela n’a pas atteint le niveau d’une menace existentielle, mais cela rend très concrète la question. »

La directrice de l’ADN, Béatrice Sutter, ajoute dans son article : « Dans un monde si profondément interconnecté, il est impossible de prévoir ce que les imprévisible IA pourraient attaquer : une centrale électrique ou nucléaire, les tours de contrôles aériennes, les drônes militaires….

« Pour compléter le tableau, rappelons que les IA roulent en libre service. Donc n’importe qui peut jouer avec elles et leurs confier des « missions » qui, même inoffensives, pourraient mal tourner. (…) Une technologie puissante, autonome et non maitrisée pourrait se balader dans toutes nos infrastructures, avec des missions ordonnées par n’importe quel quidam, tout cela sous la responsabilité mal assumée d’entreprises privées qui courent surtout après les milliards et l’amélioration de ces technologies. Alors, certes, personne ne peut affirmer avec certitude que les IA pourraient nous tuer d’ici la fin de la décennie. En revanche, si on voulait qu’elles le fassent, on ne s’y prendrait pas autrement… », conclut-elle.

* Cet été, lors d’une phase de tests, 700 agents d’intelligence artificielle de la société OpenAI ont échappé à leurs concepteurs pour se se coordonner et exploiter une faille dans l’infrastructure de la start-up Hugging Face (plateforme créée à l’origine par des Français et qui vient d’être rachetée par Nvidia). Plus récemment, OpenAI (ChatGPT) a révélé six dérapages incontrôlés de ses modèles d’IA, qui ont contourné les consignes de l’opérateur…

 

 L’inquiétude exprimée par Jacob Coxon n’est pas isolée.

Ce sont des hauts dirigeants des Big-Tech américains qui à leur tour réclament un encadrement des avancés de l’IA.

Ainsi le 12 septembre, sur son site, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, a appelé à « ralentir la cadence à laquelle nous améliorons les capacités des modèles d’IA… »

Un appel qui a reçu l’assentiment de Sam Altman, le patron d’OpenAI et d’autres dirigeants des Big-Tech. Il se dit que OpenAI, Anthropic et Google, se seraient mis d’accord pour mettre en place, de façon volontaire, une régulation interne et des garde-fous afin de prévenir les dérapage des modèles IA qu’ils développent.

Dario Amodei avait déjà évoqué auparavant les risques d’une IA hors de contrôle, tout en redoutant que, si les opérateurs américains ralentissaient leurs programmes, les pays autocratiques, en l’occurrence la Chine, en profiteraient pour accélérer et ravir aux États-Unis le leadership technologique…

Dans sa longue déclaration du 12 septembre (voir infra), le PDG d’Anthropic ( développeur de l’IA Claude) préconise trois mesures pour faire face à la surpuissance croissante et effrénée de l’intelligence artificielle :

  • Intégrer au sein des concepteurs d’IA des évaluateurs externes indépendants;
  • Mettre en place une coordination entre opérateurs des pays démocratiques;
  • Engager une coopération internationale, incluant la Chine, même si cela paraît hasardeux.

crédit illustration : Felix Martinez – Pixabay

Dario Amodei : « Ralentir le rythme des avancées technologiques afin que la sécurité puisse suivre »

 

« Je continue de croire que l’IA peut améliorer énormément la qualité de la vie humaine », explique le patron d’Anthropic, « mais au cours des derniers mois, je suis devenu convaincu que la prise en compte complète des risques exige encore plus de prudence – non seulement en investissant dans la prévention des risques, mais en faisant face au rythme d’avancement des capacités afin que la prévention des risques ait du temps à suivre. »

« C’est parce que l’IA est une technologie si puissante que les risques qu’elle comporte sont sérieux », écrit celui qui fut auparavant le vice-président d’OpenAI, chargé de la recherche.

Parmi ces risques, celui « de perdre le contrôle des systèmes d’IA, l’utilisation abusive de l’IA pour les cyberattaques et le bioterrorisme, et de graves perturbations économiques. Une course vers le bas, stimulée par des incitations commerciales, peut rendre ces risques plus aigus », énumère le PDG d’Anthropic.

Auto-amélioration récursive

Dario Amodei s’inquiète en particulier des conséquences du processus d’auto-amélioration récursive autonome (RSI) qui permet à une IA s’améliorer elle-même sans intervention humaine :

« Depuis à peu près cet été, l’IA progresse drastiquement plus rapidement, principalement sous l’effet de la capacité croissante de l’IA à construire la prochaine génération d’IA.(…)

« Cette dynamique est appelée auto-amélioration récursive, et elle commence à se produire dans l’ensemble de l’industrie, y compris chez Anthropic (…)

« Laissée sans contrôle, cette  dynamique d’auto-amélioration de l’IA pourrait dépasser notre capacité à comprendre et à contrôler ces systèmes : elle doit donc être poursuivie avec prudence, voire pas du tout… »

 

« Ma deuxième préoccupation  provient de l’incident (survenu chez OpenA à propos de Hugging Face ), dans lequel un essaim d’agents IA a essentiellement agi comme un collectif dévoué, menant des attaques de cybersécurité contre des cibles qu’on ne leur demandait pas d’attaquer et qui n’étaient pas liés à la tâche à accomplir…

« Compte tenu du taux accéléré de développement de la capacité d’IA, je crains qu’en six à douze mois, un tel essaim puisse être capable de prendre le contrôle de l’ensemble d’Internet  (avec des programmes malveillants) causant potentiellement des centaines de milliards de dollars de dégâts, et que l’ampleur des dégâts continue d’augmenter à partir de là,  si l’IA devenait plus puissante sans les garde-fous nécessaires. » (…)

Dario Amodei propose un plan en trois étapes

« Je propose donc un plan en trois étapes dans le but de (…) construire l’IA à un rythme équilibré, visant à assurer sa sécurité tout en atteignant ses avantages et en affrontant d’importants dilemmes géopolitiques.
« Pour être clair, ce rythme (tempéré) ne signifie pas l’arrêt de la formation sur les modèles ou le progrès technique, mais la garantie que les entreprises prennent suffisamment de temps pour aligner et sauvegarder leurs modèles, et pour que des évaluateurs tiers le confirment (…) Des évaluateurs Intégrés chez les concepteurs d’IA : chaque entreprise s’engage à donner un accès continu des employés à une équipe d’évaluateurs tiers embarqués »
« La première étape est quelque chose à laquelle Anthropic s’engage unilatéralement (et appelle les gouvernements à exiger que d’autres entreprises « frontalières » s’y conforment ) (…) est l’intégration d’évaluateurs ayant un accès de type employé pour vérifier les pratiques de sécurité et signaler les incidents (…) « En plus de vérifier les engagements formels et d’informer le public, les évaluateurs intégrés peuvent simplement fournir un deuxième avis exempt d’incitations commerciales.  (…)
La deuxième étape nécessite une coordination à l’échelle de l’industrie.(…) « Les entreprises d’IA au sein des pays démocratiques se coordonnent pour établir des normes de sécurité communes ainsi que des limites sur le taux de progrès de l’IA non contrôlée.(…)
La troisième étape nécessite une coordination mondiale.
« Les États-Unis et d’autres gouvernements démocratiques tentent de se coordonner avec les gouvernements de régimes autoritaires, dans la mesure du possible, tout en prenant au sérieux les défis de la vérification de la conformité (aux engagements pris). (…)
Régulations
« Anthropic soutient depuis longtemps la réglementation de l’IA sensée et ciblée, en particulier les projets de loi qui se concentrent sur la transparence et sur l’audit de tiers. Je crois que tous les laboratoires IA les plus avancés devraient s’associer au gouvernement pour officialiser l’idée d’évaluateurs intégrés permanents afin de mieux prévenir et documenter les incidents d’alignement interne comme ceux qui se sont produits au cours des derniers mois, et de mettre en œuvre une réglementation axée sur le maintien des capacités en équilibre avec la sécurité. (…)Malheureusement, l’adoption de lois peut prendre du temps, et l’IA avance très rapidement.
« Par conséquent, parallèlement à la voie réglementaire, les entreprises d’IA peuvent et doivent travailler volontairement ensemble pour établir des normes (…)

Si Dario Amodei préconise un dialogue avec la Chine, il insiste sur le fait que les États-Unis doivent conserver leur avance technologique sur Pékin, afin de ne pas se mettre « en danger », voire se faire dominer militairement (par exemple, par des drones pilotés par l’IA)…

« Le rythme mondial (de développement de l’IA) nécessitera une coopération avec la Chine, le pays autocratique avec de loin les capacités d’IA les plus avancées.
« Nous ne devons pas être naïfs ici : les enjeux géopolitiques sont si élevés qu’il y aura probablement des limites sévères sur ce qui peut être réalisé, surtout dans un premier temps. Si nous freinons considérablement nos capacités d’IA avec la conviction que la Chine fera de même, l’IA pourrait être si puissante qu’une telle défection pourrait conduire à leur domination géopolitique (…)

 

Pour Dario Amodei, au plan international, plusieurs niveaux d’accord semblent possibles :

  • « Un accord interdisant certaines utilisations étroites et manifestement dangereuses  comme l’utilisation de l’IA pour la production d’armes biologiques (…) Les attaques bioterroristes étant mauvaises pour tout le monde,  un accord sur ce point est probablement possible.
  • « Un accord des deux parties pour tester leurs modèles avant la publication, pour des risques aigus dans des domaines tels que la cybersécurité, la biologie et l’alignement. Cela pourrait se faire par l’intermédiaire d‘un organisme mondial de normalisation.
  • Un autre niveau d’accord envisagé par le PDG d’Anthropic pourrait « instaurer une « pause » en vertu de laquelle les gouvernements participants acceptent de limiter considérablement le taux global de développement de l’IA : Je soutiens le fait de le faire, mais je pense qu’il est peu probable que cela se produise de sitôt »…

 

***

 

crédit illustration : Bill Gates représenté par Augusto Ordonez – Paligraficas – Pixabay

Bill Gates : « la révolution de l’IA représente une période de turbulences parmi les plus fortes dans l’histoire de l’humanité »

 

Dans un très long texte, nourri de souvenirs personnels,  publié le 26 août 2026 sur son site GatesNotes,  l’ex-patron de Microsoft estime que l’humanité ne pourra pas faire l’économie d’ »un plan » pour mieux encadrer cette nouvelle technologie « sans précédent ».

« La transition vers l’ère de l’IA sera l’une des périodes les plus turbulentes de l’histoire de l’humanité. À l’heure actuelle, nous ne nous préparons pas de manière adéquate à cette transition. Si le monde prend les bonnes mesures, l’IA sera une force pour le bien et apportera à chacun une vie meilleure. »

Bill Gates déplore que le monde ne se prépare correctement à cette transition majeure et inédite .

L’ancien patron de Microsoft pense que trop de personnes sous-estiment l’impact réel de l’IA : « La technologie avance plus vite que prévu et certains modèles d’IA toujours plus puissants pourraient agir contre nos intérêts et nous pourrions perdre le contrôle…

Dès lors, à ses yeux, il va falloir rapidement opérer  « des choix critiques » pour faire en sorte que les avantage des l’IA l’emportent sur ses effets néfastes : « un défi monumental » à relever!

« Comment faire en sorte que l’IA puisse rendre notre monde meilleur et ne pas élargir le fossé entre les riches et les pauvres? Comment allons nous protéger les plus vulnérables, ceux qui seront pénalisés par l’IA, notamment ceux qui perdront leurs moyens d’existence, et tous ceux qui auront le sentiment de plus  pouvoir construire leur avenir? »

« Trouver des réponses à ces questions devait être notre priorité collective. Malheureusement ce n’est pas le cas.

« Je ne vois pas les dirigeants, les experts, les pays se mobiliser efficacement autour de ces enjeux… Nous manquons d’un plan pour faciliter l’entrée dans l’ère de l’IA. »

« Une technologie sans précédent réclame une réponse mondiale sans précédent ! »

 

Le président de la Gates Foudation qui est en relation avec les responsables des Big-Tech,  préconise la création d’une instance international de supervision de l’IA, sur le modèle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ou  de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Bill Gates recommande aussi de réserver, coûte que coûte, certains emplois aux humains, notamment pour assurer la dimension relationnelle profondément humaine de certains métiers (secteurs du soin, de l’assistance aux personnes…).

Dès lors, l’entrepreneur n’hésite pas à recommander d’imposer une taxe sur les robots et l’IA afin de financer la protection sociale…

« Pour la première fois dans notre histoire,  l’IA peut surpasser les capacités cognitives de l’être humain… »

 

« Les gens se trompent en faisant des  comparaisons avec les précédentes avancées technologiques.
« Lorsque les premiers PC (personal computer) sont apparus, nous avons mis une vingtaine d’années  à nous adapter et à transformer en profondeur nos façons de travailler. Ave l’IA le changement est plus radical : les programmes d’IA fonctionnent sur tous nos appareils et interfaces existantes; l’A utilise le langage courant. Les IA peuvent se former avec les mêmes vidéos qui permettent de former des humains, apprendre et développer des compétences…
« Une IA peut voir, écouter, parler, raisonner aussi bien qu’un humain et accomplir  même des travaux physiques… et donc tous les secteurs seront impactés par cette technologie… »

Trois risques majeurs

Bill Gates analyse longuement trois grands risques qu’il perçoit dans le déploiement de l’IA

  • L’EMPLOI. « De nombreux emplois disparaîtront à jamais. L’IA impactera l’emploi dans des secteurs comme le droit, les services au public, la médecine, l’ingénierie logicielle, la fabrication…  D’ici la fin de la décennie, des robots  « intelligents » vont concurrencer les travailleurs sur certaines tâches physiques,  dans les industries de la construction et de l’hôtellerie, par exemple …
    Quand une entreprise aura opté pour ces robots combinés à l’IA  pour faite baisser ses prix, ses concurrents seront incités à faire de même…
  • LA CRIMINALITÉ. « L’IA permettra aux gens (et peut-être aux IA) de faire plus de mal : Même les criminels ayant des compétences très limitées seront en mesure de cibler les victimes à toutes les échelles.
  • La fraude, la désinformation, les deepfakes, les outils de contrôle et de surveillance, utilisant des IA, pourront nuire à de plus en plus de gens…
  • Cyberattaques. Le même modèle d’IA qui peut trouver un défaut dans le logiciel afin qu’une entreprise puisse le réparer peut également aider un criminel à l’exploiter… Des infrastructures vitales sont vulnérables, les hôpitaux, les institutions financières, les réseaux d’eau, réseaux électriques…
  • Des systèmes d’IA pourront aussi agir de façon contraire à ce qu’avaient prévu leurs concepteurs contre nos intérêts…
  • Bio-terrorisme. Même si l’IA peut permettre des progrès considérables dans la création de médicaments et de vaccins, elle pourra faciliter la conception de nouvelles maladies mortelles. Il est très difficile de séparer les potentialités positives des dérives dangereuses. C’est un problème mondial…
  • L’ÉDUCATION. « L’IA pourrait retarder le développement de nos enfants et remplacer les relations humaines …               Le même outil qui permettra aux gens d’apprendre plus que jamais pourrait également conduire beaucoup de gens à apprendre moins…. Une enquête préliminaire a suggéré que l’utilisation plus lourde de l’IA était associée à une pensée moins critique. L’effet était plus fort pour les jeunes (…) À l’ère des deepfakes et de la désinformation qui peuvent vous toucher individuellement, la capacité de dire ce qui est vrai à partir de ce qui n’est pas devient une compétence de vie essentielle… »

crédit illustration : Gerd Altmann – Pixabay

« Si quelqu’un avait un plan crédible pour ralentir les progrès de l’IA à l’échelle mondiale, je le soutiendrais probablement. Cependant,  je ne pense pas que cela se produise. Il y a trop de pressions géopolitiques et économiques pour aller à toute vitesse. »

 

Pour Bill Gates, l’IA peut aussi, en accélérant l’innovation, apporter des progrès considérables à l’humanité, dans de très nombreux domaines, et pour le bénéfice de tous.

Et de citer l’agriculture, la santé avec l’amélioration des traitements contre le cancer, la lutte contre certaines épidémies, la protection de l’environnement, l’énergie, les services publics, l’éducation, l’entrepreneuriat..

« L’IA peut améliorer la vie des gens à tous les niveaux de revenu. Mais elle ne le fera pas automatiquement. Comme pour toute nouvelle technologie, nous devons nous mobiliser pour nous assurer qu’elle profite à tout le monde et pas seulement à quelques privilégiés… »

Bill Gates annonce que, dans les mois à venir, il va s’engager personnellement dans cette campagne de mobilisation des dirigeants et du grand public, en apportant plus d’idées « afin que les avantages de l’IA l’emportent sur les dégâts qu’elle pourrait causer », et met en avant trois priorités.

Une concertation internationale

« La priorité absolue est la création d’un cadre national et international pour traiter l’IA.
Aucune de nos institutions actuelles n’a été conçue pour gérer une technologie qui se répand aussi rapidement et touche tant d’aspects de notre vie.

« Il faut donc concevoir une nouvelle organisation internationale. Elle ne ressemblera à aucune autre institution existante, mais elle devra s’inspirer de certaines organisations actuelles comme les  traites d’inspection des armes nucléaires, la  régulation de l’aviation internationale, les accords qui protègent la couche d’ozone…

Sanctuariser des emplois pour les humains

« A mesure que l’IA et les robots vont se perfectionner, il faudra réserver certains tâches aux humains. J’ appelle à dessein ce domaine « Human Reserved« , sur le principe des parcs naturels où nous avons fait le choix de préserver une partie de nos territoires à l’état naturel pour le bien commun…

Bill Gates reconnaît que sa proposition soulève une foule de questions auxquelles il n’a pas de réponses : « Qui pourra décider des emplois que nous réservons aux humains? Quels critères devons-nous utiliser ? Comment empêcher les entreprises de tricher et d’utiliser des robots de toute façon? Qu’arrivera-t-il au commerce international quand un pays utilise des robots pour accomplir telle ou telle tâche et qu’un autre pays ne le fait pas ? »

L’entrepreneur s’en remet au débat public pour fixer le périmètre des emplois « réservés » aux humains…

Taxer les robots et l’IA

« Puisqu’il y aura moins de personnes en activité, se pose la question du financement des services publics et de la protection sociale ».

A cet effet, Bill Gates propose d’instaurer une taxe sur les robots et sur les flux de données (tokens) générés par l’IA : « Ceci pourrait aussi freiner la tentation de substituer systématiquement des robots à toute activité humaine »…

L’engagement personnel du président de la Gates Foundation

En conclusion de son long article, Bill Gates déclare qu’il s’engage à consacrer son temps et faire entendre sa voix auprès des dirigeants pour rendre l’IA meilleure et apporter plus d’équité dans le monde .

« Je porterai ce message auprès des élus, des législateurs, des dirigeants du monde entier, des responsables des groupes qui développent des modèles d’IA :  C’est maintenant qu’il faut agir, avant que le chômage n’augmente fortement, que les populations souffrent, et que la confiance du public ne s’érode. Assurez-vous que votre gouvernement gère le problème de l’IA de manière globale, plutôt que de le diviser en plusieurs domaines bureaucratiques. Assurez-vous que l’IA profite à tous! Coopérez avec les autres gouvernements pour relever ce défi national et mondial! »

« Je vais essayer d’élargir le cercle de personnes qui peuvent façonner ce débat, en incluant les travailleurs, les étudiants qui sont sur le point d’entrer sur le marché du travail, les associations, les leaders religieux, les organisations confessionnelles, les parents, les éducateurs et tant d’autres personnes dont les voix ne sont pas toujours entendues…

« C’est à travers le débat démocratique incluant les politiques, les citoyens et toutes les parties prenantes que nous trouverons des solutions pour gérer cette transition technologique majeure.

« Cette technologie sans précédent exige une réponse mondiale sans précédent. Si nous y parvenons, le bénéfice pour l’humanité sera colossal et notre monde sera meilleur et plus équitable »

(Extraits choisis et retraduits par Consulendo)

 

***

Quel sera le destin de ces alarmes, appels et propositions ?  Difficile de le prédire aujourd’hui.

A travers nos articles, nous avons fait ressortir que de nombreux acteurs, observateurs et dirigeants politiques de différents pays et continents, du Nord et du Sud, s’accordent à penser que l’on ne peut pas laisser proliférer les technologies de l’IA « sans foi ni loi ».

Nous avons collectivement (au sens de notre humanité, car c’est elle qui est en jeu) besoin d’un cadre international et de garde-fous fiables.

Le président américain Donald Trump s’est montré jusqu’à présent totalement hostile à une réglementation qui pourrait brider l’avance américaine en matière d’IA et favoriser la Chine dans la course à la domination technologique du monde…

Pourtant une majorité de citoyens américains se montre favorable à un encadrement du développement des IA, et le sujet alimente le débat politique dans la perspective des élections de mi-mandat (Midterms), les partisans d’une régulation se retrouvant aussi bien dans le camp des Démocrates que celui des Républicains.

De son côté, l’Union européenne (UE) a mis en place son « AI Act », ou règlement européen sur l’intelligence artificielle,  premier texte législatif au monde qui encadre, au sein de l’UE, le développement, la distribution et l’utilisation des systèmes d’IA, afin de s’assurer que ceux-ci « respectent nos lois, nos valeurs et nos exigences de sécurité ».

Mais l’Europe reste encore très largement dépendantes des technologies et des services IA développés aux Etats-Unis et en Asie. Mais les Européens se sont empressés d’adopter, sans trop se poser de questions, les modèles et logiciels d’IA importés, comme nous l’avons fait pour les grandes plateformes de l’Internet…

Un risque existentiel

Le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré le 14 septembre 2026 qu’il partageait les inquiétudes des experts du secteur ­selon lesquelles l’IA avancée pourrait représenter « un risque existentiel pour l’humanité : tous les droits humains sont menacés, y compris les droits à la vie et à l’alimentation, à la vie privée, à la santé et à la sécurité.. »

Appelant « les États et les entreprises à se mobiliser de toute urgence dans le cadre d’instances multilatérales pour définir une voie d’action visant à encadrer les modèles d’IA de pointe », le haut-commissaire de l’ONU a ajouté : « Nous sommes à l’aube d’un changement irréversible qui nous concerne non seulement nous, mais aussi les générations futures (alors que) nous dépendons presque entièrement d’un petit nombre d’entreprises puissantes pour opérer les bons choix »…

J.G.

# Lire nos précédents articles sur ce sujet :

Intelligence artificielle (II) – Révolution High-Tech ou changement de civilisation ?

Intelligence artificielle (I) : une révolution technologique qui fait débat